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Paroisse Protestante
de Montbéliard

Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédications   5 novembre 2006    

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Prédication du dimanche 5 novembre 2006
Mémoire des défunts
Luc 24, 1-35


Bienvenue à St Martin en ce dimanche 5 novembre 2006.

Nous sommes invités ici pour faire étape : au milieu du flot des jours et des activités, au milieu de la houle des sentiments et de la foule des gens : faire halte, reprendre souffle, s’ouvrir.

S’ouvrir à celui qui nous invite chez lui et nous y précède. Il nous reçoit en toutes circonstances, mais aussi quand la mort frappe à la porte de notre existence. Alors il nous prodigue des soins particuliers, pour nous consoler et puis pour nous aider à grandir.

Martin Luther disait : « Côtoyer la mort, c’est l’école de la foi » (Mit dem Tod umgehen ist die Schule des Glaubens)

Entrons dans ce parcours de foi qu’est le culte : laissons nous emmener d’abord par la méditation musicale de notre organiste Daniel Muller, et puis chantons « Dans toutes nos détresses Dieu nous protègera » Arc 624, 1-4



Prédication

La mort nous met en route. De bien des manières.

La mort nous bouleverse et nous met en mouvement. Elle chamboule l’ordre du jour. Elle suscite un bouillonnement de souvenirs et de sentiments. Elle nous fait courir dans les sens.

Un proche est décédé. Il y a tant de choses à faire, à préparer, à penser. Prévenir tout le monde. Organiser les obsèques. Prévoir les transports. Courir de l’état civil au pasteur, du fleuriste au boulanger. Recevoir la famille éloignée. Répondre au téléphone, encore et encore.
Et au milieu de tout cela, gérer, maîtriser si possible le trop plein d’émotions.

La mort met en mouvement. Intérieurement et extérieurement. Elle nous projette de la routine vers un ailleurs, une terre inconnue.
Un deuil ne ressemble jamais à un autre deuil.

Les femmes aussi se sont mises en route ce matin-là, très tôt, alors qu’il faisait encore noir. Oui, la mort met en mouvement. Au plus fort de la nuit et de leur chagrin, elles ont trouvé la force de se mettre en route pour effectuer les gestes ancestraux, le rite d’embaumement.

Mais aller au tombeau, c’est bien plus que cela. C’est bien autre chose. Aller au tombeau, nous n’y coupons pas. Et ce parcours peut devenir autre chose que le parcours du combattant. Si nous acceptons de faire ce chemin les yeux ouverts. Comme pour affronter, face à face, ce trou noir du tombeau ouvert et l’abîme de la mort.

Aller au tombeau les yeux ouverts : c’est accepter de voir en soi ce que l’on cache soigneusement au plus noir : la peur de mourir, les souffrances enfouies. Accepter de se voir en vérité, avec les blessures subies et les fautes accomplies.

Et voici que l’Evangile dit : mais le tombeau est vide ! Le Christ n’est pas ici ! Il vous emmène ailleurs, plus loin.

La mort met en mouvement, en route. Les deux disciples aussi ! pas comme les femmes, car eux ils quittent Jérusalem. Déçus, découragés, abattus. Où vont-ils ? Peut-être rentrent-ils simplement chez eux. Il n'y a plus rien à faire dans la capitale. Au contraire, il est même plutôt dangereux d'y rester. Celui pour lequel ils avaient tout quitté les avait quitté à leur tour, sans accomplir tout ce qu'il leur avait fait miroiter : "Annoncer la bonne Nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le coeur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, redonner la vue aux aveugles, libérer les opprimés..." (Luc 4, 18-19). Voilà ce qu'avait été son programme, resté inachevé... Deux jours avant, il était mort, supplicié sur une croix. C'est trop dur à supporter. Dès le jour du sabbat passé, ces deux disciples partent (v. 13 : ce même jour).

Le matin même, ils avaient bien entendu le récit de quelques femmes qui prétendaient que le tombeau était vide - "histoires de bonnes femmes !". Certains des disciples se sont alors rendus au tombeau, mais ils n'ont pas vu Jésus. Alors ils ne comprennent pas, et la déception est pire qu'avant encore, car ils avaient repris espoir, et étaient retombés plus bas encore après cela, dans le désespoir.

Nous ressemblons à ces deux pèlerins. Avec le jour de Pâques, nous entrevoyons une lueur d'espoir, car nous écoutons les "femmes" qui attestent qu'il est vivant, nous écoutons l'Evangile qui nous raconte le tombeau découvert vide contre toute attente. Mais nous non plus, nous ne l'avons pas vu. Que faire, que dire, que penser ? Est-il vraiment ressuscité ? Pouvons-nous croire les femmes ?

Nous aussi nous "espérions que ce serait lui qui délivrerait son peuple" (v. 21), qu'il vienne mettre tout le monde au pas, qu'il établisse son règne glorieux ... mais au lieu de tout cela, il a été livré, condamné à mort, et crucifié. Nous aussi, nous voudrions d'un Christ qui se montre et se démontre; et au lieu de cela nous n'avons qu'un Jésus caché et muet.

"O hommes sans intelligence, et dont le coeur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes !" Ces paroles s'adressent aussi à nous... "Ne fallait-il pas que le Christ souffre toutes ces choses, et qu'il entre dans sa gloire ?" (v. 25-26) Et ensuite, Jésus reprend patiemment le rappel de ce qui concerne le Messie dans l'Ancien Testament : catéchèse toujours à refaire, enseignement jamais terminé ! Ses disciples l'ont déjà entendu souvent, mais ils n'avaient encore pas compris ... "Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans les Ecritures ce qui le concernait".

En l'écoutant en chemin, leur coeur brûle, mais leurs yeux ne s'ouvrent que devant le geste familier, lorsque Jésus rompt le pain. Et c'est vrai que souvent les mots ne rentrent pas dans notre tête, le message ne parvient pas jusqu'à notre coeur, mais un geste seul peut expliquer dix fois mieux que 10 000 phrases. Voilà pourquoi à côté de la Bible, nous avons aussi les gestes de la sainte cène et du baptême.

Tout parle d'ouverture, dans ce récit. L’Ecriture est ouverte. Son sens aussi est ouvert, et non définitivement clos et fixé. Les yeux s'ouvrent, et voient ce qu'ils n'ont jamais vu. L'intelligence s'ouvre, et comprend ce qu'elle n'a jamais compris. Le pain est ouvert, et montre l'intérieur de sa croûte. Le tombeau est ouvert. La résurrection libère la proie du tombeau et ouvre à une vie autre, placée sous le signe de la nouveauté et de l’ouverture.

Comme les disciples d'Emmaüs, tu es en route. Tu n’es pas encore au but. Puisses tu comme eux faire l'expérience de la rencontre inattendue du Seigneur, qui chemine discrètement avec toi. Puisses tu rester ouvert à l'inattendu de la foi. Puisses-tu t’accrocher au Dieu des vivants, Dieu qui n’a qu’une seule passion : la vie qui ne finit pas, la guérison de ton deuil. Amen.

Annette Goll-Reutenauer




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