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Paroisse Protestante
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Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédications   24 novembre 2006    

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Prédication du dimanche 26 novembre 2006
Jean 18, 33-38

Notre Bible est un livre vivant, surprenant, avec plein de facettes différentes. On ne nous y ennuie pas par des dogmes ou des théories abstraites, mais la Bonne Nouvelle nous est racontée par des histoires, par la vie de très nombreux personnages, par des illustrations comme les paraboles, et de très nombreux dialogues. Un livre plein de vie, concret !

Le texte d'évangile pour aujourd'hui est un tel dialogue, un va et vient de questions et réponses, de malentendus sur le mots, tout comme dans nos dialogues quotidiens, nous connaissons cela ! Jésus et Pilate ne peuvent plus s'entendre, il est trop tard.

Comme c'est un dialogue entre deux personnes, on pourrait en faire sur le champ un scénario de film ou de BD, je suggère que nous le relisions maintenant à plusieurs voix : un narrateur - Pilate - Jésus. (Distribuer 3 Bibles)

Les questions de Pilate : 1. Es-tu le roi des Juifs ? 2. Qu'as-tu fait ? 3. Tu es donc roi ? 4. Qu'est-ce que la vérité ? Pilate veut tout de suite en venir à l'essentiel, il veut savoir à quoi s'en tenir avec ce curieux personnage, poursuivi par la haine de quelques-uns de son peuple. Mais il n'est pas prêt à déployer des efforts pour vraiment faire une enquête, pour trouver la vérité au sujet de Jésus. Il n'est pas prêt à s'impliquer dans cette affaire. On l'impression qu'il pose ces questions du bout des lèvres, et surtout que ce cas l'ennuie profondément.

Les réponses de Jésus : Jésus au contraire fait tout pour sortir Pilate de sa réserve, de sa position de spectateur indifférent, ou même irresponsable. A Pilate qui demande : "Es-tu le roi des Juifs ?", Jésus répond par une autre question : "Dis-tu cela de toi-même, ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ?" c'est-à-dire "Est-ce que tu y as réfléchi, ou est-ce que tu colportes des rumeurs, des on-dit? Es-tu un "je" ou un "on" ? " (v.34) Question importante pour nous aussi aujourd'hui et pour tous les temps. N'aimons-nous pas fonctionner en jugements péremptoires, en étiquettes que nous collons bien vite sur le dos des gens, parce qu'UNE fois il s'est produit telle chose, ou parce que quelqu'un nous a dit d'un tel que..., il l'avait lui-même entendu du voisin... On peut cataloguer quelqu'un sur bien peu de choses, et l'enfermer ainsi dans un personnage qu'il n'est pas, car personne ne s'est vraiment préoccupé de savoir si le fait que l'on colporte est vrai... "Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose...", on peut faire beaucoup de mal avec sa langue (épître de Jacques), et ce n'est pas pour rien qu'un des 10 commandements concerne ce domaine-là : "Tu ne porteras pas de faux témoignage".

"Dis-tu cela de toi-même ?..." Non, Pilate n'y a pas réfléchi, il décline toute responsabilité au contraire : "MOI, suis-JE juif ? TA nation et les principaux sacrificateurs t'ont livré à moi..." (v. 35). MOI, je ne suis pas juif, vos affaires ne me concernent pas. - J'imagine que Pilate est déjà irrité car en cette veille de sabbat, les israélites pieux ne veulent pas se souiller pour pouvoir participer à la fête du sabbat le lendemain, ce qui fait que Pilate est obligé de sortir de son palais (le prétoire) pour aller au-devant des grands sacrificateurs, "qui n'entrèrent pas afin de ne pas se souiller", comme le précise l'évangéliste quelques versets plus haut (v.28). Pilate ne cherche pas à faire changer les coutumes religieuses des juifs, et il ne tient pas du tout à s'immiscer là-dedans. Pour lui, plus tôt il en aura fini avec le cas Jésus, mieux cela sera.

Alors Jésus lui explique en quelques mots : "Mon royaume n'est pas de ce monde. Sinon mes serviteurs auraient combattu, sinon je n'aurais pas été livré aux Juifs" (v.36). Le Christ continue d'interpeller Pilate. C'est-à-dire : Sache que le monde, l'histoire sont régis par une autre manière de régner, qui est la vraie, malgré les apparences. Dans mon royaume, on ne se bat pas à mort () pour mettre à mort.

A Pilate, qui demande encore : "Tu es donc roi ?", Jésus répond "TU le dis", c'est-à-dire c'est bien toi qui as ces idées en tête, pas moi. Je suis roi si tu veux, mais d'une manière si différente que jamais je n'ai dit de moi-même que je suis roi. D'ailleurs tu ne le dis pas par hasard, mais presque malgré toi. Comme Caïphe le souverain sacrificateur (11,51), tu prophétises malgré toi. Et Jésus poursuit : "Je suis venu pour rendre témoignage à la VERITE".

Alors là, Pilate n'y comprend plus rien, comment cet homme enchaîné là, devant lui, sur le point de mourir, comment cet homme peut-il rendre témoignage à la vérité ? Et Pilate pose une question essentielle, celle qui a fait couler bien de l'encre et même beaucoup de sang, celle qui a préoccupé toute une armée de philosophes et qui sommeille au fond de toute homme. Cette question, Jésus est tout de même parvenu à la faire venir aux lèvres de Pilate (qui déclare après cet entretien aux grands sacrificateurs : je ne trouve aucun crime chez lui. Mais je peux le relâcher…) Cette question, c’est : « qu’est-ce que la vérité ? » Pilate apparemment n’attend pas de réponse, puisqu’il sort aussitôt ! Et l'évangéliste Jean ne tente pas davantage de répondre à la question, lui qui insère pourtant souvent des petits commentaires de son cru dans la trame du récit. Là, silence, et le passage s'achève sur ce point d'interrogation. Autrement dit : c'est à nous d'y répondre ! Toute personne qui entend ce passage de la Passion du Christ est invitée à répondre ! La question demeure question, et personne n'y répondra à ta place !

Et en effet, cette question hier comme aujourd’hui reste difficile ! De l'absolutisme d'un seul qui impose sa volonté au relativisme actuel où toute vérité est subjective, il y a une palette de positions diverses. Entre ceux qui se croyaient hier les détenteurs de la vérité absolue et qui n’hésitaient pas à dresser des bûchers pour y brûler ceux qui ne partageaient pas leur vision, et ceux qui aujourd’hui proclament sans cesse « à chacun sa vérité » - c’est le titre d’une pièce de Luigi Pirandello - ce qui veut dire pour eux que tout se vaut et qu’on ne peut donc rien affirmer et encore moins interdire…

La vérité serait-elle tout simplement le contraire du mensonge ? Voilà une définition apparemment simple, car la notion de mensonge est apparemment plus simple que celle de vérité… On se rapproche de la notion grecque qui signifie : ce qui parvient à la lumière. Alors que la façon biblique - hébraïque d’envisager les choses diffère : la vérité est synonyme dans l’Ancien Testament de fidélité. Ce n’est pas le contenu de ce que je dis qui est vrai ou non, c’est la relation avec mon prochain qui est au centre. Autrement dit, la question n’est plus « que signifie « dire la vérité » ? » mais : « qu’est-ce que je veux provoquer chez mon prochain lorsque je dis ce qui pour moi est vrai… ? Ma vérité est-elle dommageable à l’autre, est-elle une aide, est-elle constructive ou destructrice pour mon prochain ? »

« Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain » va exactement dans le même sens : la vérité s’insère dans une relation, elle n’est pas un absolu comme un théorème mathématique. Elle n’est pas un projectile qu’on peut utiliser pour affaiblir ou détruire l’autre. Elle n’est véridique que si la relation qui me lie à l’autre en sort nourrie, approfondie, fortifiée. Elle est l’expression de ma conviction, mais je me souviens que ce n’est pas LA vérité, j’essaie de me souvenir que MA vérité n’est sans doute pas celle de mon vis-à-vis. Ce qui est une façon de reconnaître que dans ma quête de vérité, j’ai besoin de l’autre, des autres. Et j’ai besoin de Jésus, qui est venu rendre témoignage à la vérité.

« Je suis la vérité » dit Jésus ailleurs dans l’Evangile de Jean. C’est toujours l’idée de la relation qui domine. La vérité n’est pas un dogme à confesser ni à croire, la vérité est une personne, la vérité est Jésus. Ce qui veut dire d’une part que nous ne sommes jamais au bout de notre recherche, car on n’a jamais fait le tour d’une autre personne, et de Jésus encore moins. Oui, la vérité qu’est Jésus lui-même reste inaccessible, nous ne pouvons la détenir, nous pouvons seulement nous en approcher en disant humblement :  Seigneur je crois, viens au secours de mon incrédulité. Et si la vérité est Jésus, si la vérité est Dieu lui-même, elle est trinitaire, càd elle se déploie dans une relation forte, infinie… La vérité n’est véritablement elle-même que dans l’amour.

Elle existe bel et bien, mais elle n'est pas facile à trouver. (Mahatma Ganhi parlait de "la force de vérité" - cf. Ephésiens 6 où il est question des armes du chrétien, la première cité est : "à vos reins, ayez la vérité pour ceinturon") Et si nous croyons que par sa vie, Jésus le Christ a essayé de nous faire comprendre ce qu'est la vérité pour que nous la vivions, nous pourrons trouver en partie la réponse à la question de Pilate qui reste en suspens, en attendant de pouvoir voir face à face.

Annette Goll-Reutenauer



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