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Paroisse Protestante
de Montbéliard

Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédications   25 février 2007    

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18 rue Viette
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Premier dimanche de carême

Pour notre entrée en carême, j'aimerais vous accueillir avec cette pensée de frère Roger de la communauté de Taizé :

"Le bonheur : il est là, à portée de main. Ne jamais le chercher ; il s'enfuirait. Il est dans la vigilance de l'émerveillement. Le bonheur semble parfois disparaître pour longtemps, très longtemps. Pourtant il est là, dans la rencontre d'un regard"

Romains 10, 8b-13

Pourquoi faire simple... quand on peut faire compliqué ?!

J'ai souvent l'impression que notre époque est une époque où l'on fait de façon compliquée ce qui pourrait être fait très simplement, une époque où l'on cherche midi à 14 heures. On a perdu les choses simples de la vie, qui ne sont plus valorisées, ou bien on cherche à les atteindre, ces choses simples et essentielles, par des moyens très compliqués, des chemins détournés.

Ainsi de la science et de la technique : elles nous ont fait faire des bonds en avant dans bien des domaines : qui serait prêt à renoncer à la voiture ou à la machine à laver le linge ? Qui n'est émerveillé devant les innovations techniques que nous utilisons quotidiennement sans même comprendre comment elles fonctionnent ? Qui n'est fasciné par les produits de pointe des industries, le TGV qui vient encore de battre un record de vitesse, la miniaturisation toujours plus perfectionnée, les techniques médicales sophistiquées, la robotisation ...? Et pourtant...

Pourtant il y a un malaise. Malgré toutes les nouvelles sciences, de plus en plus pointues et spécialisées, malgré l'amas de connaissances nouvelles, les humains n'ont pas su régler au niveau planétaire des problèmes aussi élémentaires que le transport de nourriture pour les affamés et les malnutris puisqu'il paraît que cela coûte trop cher, n'arrivent pas à garantir le droit au logement pour tous, sont dépassés par les répercussions de leurs inventions sur l'environnement - il suffit de penser aux déchets nucléaires que nous léguons aux générations futures, que celles-ci le veuillent ou non - n'ont pas trouvé de solution à des détresses humaines de base dans les quartiers pauvres des grandes villes... Apparemment, c'est ce qu'on nous dit en tout cas, nous sommes empêtrés dans un système économique qui nous lie les mains, qui est injuste mais c'est comme cela...

C'est ce que j'appelais tout à l'heure chercher midi à quatorze heures. Nous avons cherché un plus en bien-être, et peut-être est-ce à un moins en bien-être que nous allons aboutir, car le nombre des insatisfaits augmente... En cherchant - de façon légitime - l'épanouissement de la personne, nous avons abouti à l'exaltation de l'égoïsme. Devant la débâcle de la cellule familiale dans notre société, on nous donne de grands cours de pédagogie et de psychologie, pour nous faire redécouvrir des valeurs de base... Quel grand détour, payé par bien des souffrances, et des vécus difficiles à assumer.

Je ne peux m'empêcher de penser à cette pub déjà ancienne pour une banque : "le bon sens près de chez vous". Le bon sens, le simple bon sens n'est-il pas ce qui manque cruellement aujourd'hui ? A force de s'en remettre aux experts, n'avons-nous pas abdiqué le simple bon sens ?

Chercher midi à quatorze heures... L'apôtre nous le rappelle dans l'extrait de la lettre aux Romains d'aujourd'hui : "La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur..." (v.8b) Bien des fois, quand nous sommes perdus et déboussolés, on se demande comment agir et réagir. On tergiverse, on refoule, alors qu'au fond de soi ON SAIT. Au fond de soi, on sait quand il faudrait dire NON, quand il faudrait protester contre l'injustice ou le mépris, quand il ne faudrait pas céder ou assister avec complaisance à l'abaissement d'un autre qui n'a pas les moyens de se défendre... "La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton coeur..."

L’apôtre Paul reprend ici le Deutéronome, où Moïse déclare au peuple : "Ce commandement que je te prescris aujourd'hui n'est certainement pas au-dessus de tes forces et hors de ta portée. Il n'est pas dans le ciel pour que tu dises : Qui montera pour nous au ciel et ira nous le chercher, qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique ? Il n'est pas de l'autre côté de la mer, pour que tu dises : Qui passera pour nous de l'autre côté de la mer et ira nous le chercher, qui nous le fera entendre pour que nous le mettions en pratique ? C'est une chose, au contraire, qui est tout près de toi, dans ta bouche et dans dont coeur, afin que tu la mettes en pratique" (Deutéronome 30,12-14)

L'apôtre avait déjà expliqué pourquoi tout être humain au fond de soi, porte la parole, la trace de Dieu et de sa volonté à notre égard : au début de la lettre aux Romains, Paul explique que Dieu le créateur a imprimé sa marque et sa puissance dans son ouvrage, la création et les créatures, et que tout un chacun en ouvrant l'oeil peut le constater. Au fond de chaque être humain, dans son coeur et dans ses tripes, pourrait-on dire, Dieu a laissé son empreinte.

Quand on a découvert qu'en soi se trouve, à l'état de traces tout au moins, la parole du Dieu vivant, qu'en soi il parle, de façon discrète et parfois insistante, alors on soupçonne que chez l'autre il en va de même. On devine que tous les êtres humains sont porteurs de cette parole, même s'ils n'en sont pas conscients. C'est bien ce que nous dit l'apôtre ici encore : il n'y a plus de différence entre "le Juif et le Grec" (v.12). Aujourd'hui, c'est nos fossés à nous qu'il faut évoquer, et on dirait aujourd'hui que de plus en plus les identités se creusent et s'affrontent et deviennent antagonistes...

Entendu cette semaine à la radio : un commentateur disait qu’un sentiment répandu aujourd’hui est que l’avenir sera moins facile pour nos enfants. Ce n’est pas vraiment nouveau, me direz-vous. Ce qui le serait d’après ce commentateur, c’est que ce sentiment s’est imposé dans toutes les couches de la société française ; si bien qu’il conduit à une espèce de dépression collective.

C’est très possible. Les optimistes parmi nous ont fort à faire en ce moment où le climat est plutôt à la morosité. Mais j’aimerais regarder les choses de plus près. Nous les connaissons, les grands problèmes qui nous font peur, et à juste titre : l’écologie avec l’avenir de la planète, l’économie avec la menace ou la réalité du chômage et les délocalisations, les injustices dans la répartition des richesses entre pays riches et pays pauvres… L’ampleur de ces questions nous dépasse. Que faire ? Nous ne savons par quel bout commencer, surtout lorsqu’on nous redit que cela commence à être urgent. Il faudrait faire… mais on ne peut rien faire… le sentiment est obsédant et paralysant. Comment ne pas céder à la sinistrose et à la dépression collective ? Et devenir encore plus immobile et encore plus endurci face aux malheurs des plus fragiles… et donc encore plus déprimé… Le piège fonctionne en un cercle vicieux admirable.

J’aimerais vous donner un exemple où l’on a l’impression de ne rien pouvoir faire, et où pourtant le peu qu’on a fait s’est avéré capital. Au printemps 2003, les Etats-Unis s’apprêtaient à envahir l’Irak pour une guerre préventive. Le concept était nouveau. L’opposition était grande au sein de nombreux pays dans le monde, y compris la France. Malgré les protestations et les manifestations, la détermination du gouvernement états-unien restait totale. A cette époque, fin mars 2003, la municipalité de Montbéliard a souhaité qu’ait lieu une prière œcuménique pour la paix. Les services de la mairie ont pris contact avec les paroisses protestante et catholique pour qu’elles travaillent ensemble à la préparation d’une telle célébration, ce que nous avons fait volontiers. L’évêque catholique ainsi que notre inspecteur ecclésiastique étaient là également, et des journalistes ont rendu compte de la prière. Elle s’est faite d’ailleurs sur le parvis de notre temple et non à l’intérieur, dans l’espace public, aux yeux de tous. Quelques-uns ont dit : « A quoi bon ? L’invasion se fera de toute façon ». Ils avaient raison, mais ils avaient tort ! Ils avaient raison, car les États-Unis ne se sont pas laissés dissuader. Mais ils avaient surtout tort : car dans les pays musulmans, les médias ont parlé de l’opposition au projet militaire des Américains. Si bien que cela n’a pas pu apparaître comme une guerre de l’Occident contre l’Islam. Les musulmans ont pu entendre et voir les manifestations contre la guerre dans les pays occidentaux. Ils ont entendu que le pape aussi s’y opposait. Et même notre petite prière pour la paix à Montbéliard, j’en suis persuadée, a été un maillon dans ce processus-là. L’importance de ces manifestations contre la guerre n’est apparue que plus tard. Mais il fallait qu’elles aient eu lieu, même si elles nous paraissaient sur le moment bien dérisoires face à la puissance armée.

Une véritable bouffée d’oxygène dans le contexte étouffant !

Et tant d’autres bouffées d’oxygène sont aujourd’hui à notre portée. Car aucun geste n’est anodin, en écologie par exemple. Aucune parole de protestation n’est inutile. Toute parole de protestation fait son chemin, les protestants que nous sommes ne devraient jamais l’oublier. Toutes ces paroles, tous ces gestes portent en eux une fécondité insoupçonnée. La seule chose stérile est la résignation, le poison qui tue.

Alors il nous faut nous mettre impérieusement à l'écoute de cette parole qui est au fond de nous, qui peut se faire entendre si nous lui laissons de l'espace. "La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton coeur..." Ne l'étouffe pas, laisse-lui sa chance, fais silence en toi pour la découvrir, la voix, le chant de Dieu. Amen.

Annette Goll-Reutenauer



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