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Paroisse Protestante
de Montbéliard

Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédications   15 avril 2007    

sommaire
18 rue Viette
25200 Montbéliard
tel 03 81 91 03 69
pasteur@temple-saint-martin.org
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Accueil : Un livre nous accueille ici tous les dimanches et toutes les fois que nous venons dans ce temple ; c’est cette Bible, exposée, ouverte, ici devant, sur l’autel. Et voici cette réflexion de Jean Cocteau (1889-1963) :
Un beau livre, c’est celui qui sème à foison les points d’interrogation »
Je crois bien qu’à ce compte-là, ce livre, cette petite bibliothèque, là, est « un beau livre ».


Ballade autour de la parole

Actes 8, 26-40 ; Apoc alypse 1, 9-19 ; Jean 20, 19-31


Je parle, tu parles, il parle…
Verbe du 1er groupe…
Le petit d’homme apprend à parler vers l’âge de 2 ans...
Il y en a qui sont bavards, et d’autres qui parlent beaucoup moins…
Parole, parlotte, palabre…
Dieu dit, et la chose est…

Au commencement était la parole, et la parole était avec Dieu, et la parole était Dieu (Jean 1, 1). Dieu est invisible, dis-tu ?
Non, il est là.
Maintenant, puisque je te parle.
Et à chaque parole que tu prononces, il est là aussi !
Dieu est la parole.
Cette chose si banale, si fluctuante, si incertaine, si superflue…
Cette chose si exceptionnelle, si indispensable, si proprement humaine…
Dieu parle, et la chose est.
En vérité, je vous le dis.

Mais les paroles blessantes… qu’en est-il ? Si tu les as prononcées, c’est que à tort ou à raison tu t’es senti agressé, ridiculisé, blessé. Tu as craché des paroles, au lieu de les prononcer. Elles était des paroles projectiles. Mais même un cri est une parole, et contient un message. Et même la parole adressée à un absent peut avoir du sens :

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Cette parole est adressée par Jésus en croix, dans le creuset de la souffrance, à un absent, ou apparemment absent. Parole impossible ? Non, car elle exprime un ressenti, le ressenti du supplicié qui s’adresse à Celui qu’il ne perçoit plus, mais dont au fond il sait qu’il est là tout de même, puisqu’il lui parle !

Magie de la parole.
La religion est ce qui relie, la parole fait de même.
Elle est toujours passerelle, même au-delà des apparences.

En réalité, dans chaque chose, dans chaque événement, il y a une mélodie cachée, qui attend d’être entendue, qui attend d’être murmurée, ou mise en vibration.

L’être humain est ce vivant doué de langage. Il est ce vivant auquel Dieu s’adresse, presque comme à un égal. Mais il est plus privilégié encore : Dieu s’engage à son égard. Il ne lui parle pas seulement, il lui écrit ! Presque un contrat ! « Les paroles s’envolent, mais les écrits restent… » La parole orale reste fluctuante et incertaine, la parole écrite est fixée, solide, stable. Un fondement sûr comme le sage qui bâtit sa maison sur le roc.

Pendant les Lumières de Noël en décembre dernier, j’ai discuté avec un jeune suisse d’une trentaine d’années. Il était intéressé par les questions de spiritualité. Et il me disait qu’au fond l’essentiel c’est de s’ouvrir à son être profond, d’être en accord avec soi-même… Grâce à cette sérénité retrouvée, les hommes parviendraient à vivre en paix ! Il suffit de creuser assez profond en soi, et la parole est là tout au fond. Je lui répondais qu’à mon avis, ça ne suffit pas ! Car cette parole qui est au fond de moi, d’abord il faut la trouver, ensuite il faut l’identifier ! Est-ce que je prends mes désirs pour des réalités ? Est-ce que je ne tourne pas autour de mon nombril, à m’écouter ainsi de trop près ? Dieu me fait un cadeau inestimable : sa parole à lui, par laquelle je peux me décentrer de moi-même. Grâce à cette parole, offerte, mise par écrit et donc accessible à quiconque sait lire, je suis libérée de l’esclavage de mon ego. C’est comme un appui extérieur à moi-même, immobile et donc solide comme un roc. Ce livre qui est là, sur l’autel, est comme ce témoin intemporel que tu peux invoquer, comme une béquille qui te soutient dans ta marche parfois sinueuse. Comme un livre qui parle ! et qui ne demande qu’à parler encore.

Chère assemblée, vous avez entendu tout à l’heure, lus par Violette, les trois passages bibliques prévus pour ce dimanche après Pâques. Je ne sais si vous avez remarqué le nombre de fois qu’il y était question d’ECRIRE ou de LIRE !

Dans les Actes des apôtres, l’eunuque lit l’Ecriture ! Et Philippe lui demande à juste titre : « Comprends-tu ce que tu lis ?? »

Dans le livre de l’Apocalypse, Jean est enjoint d’écrire ce qu’il voit, et d’envoyer ce livre aux Églises…

A la fin de l’Evangile selon Jean enfin, il est dit dans une belle exagération qu’il est impossible de mettre par écrit tout ce qu’a dit et fait Jésus, car le monde entier ne serait pas assez grand pour contenir tous les livres qu’il faudrait écrire (Jean 21, 25) ! Mais « ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom » (Jean 20, 31)

Eh bien si vous faites le compte, dans les trois passages d’aujourd’hui, il est question 6 fois de LIRE (ou livre), et 5 fois d’ECRIRE (ou écriture).

Dans l’écrit, je me lie. La parole écrite est plus encore lien que la parole orale. Et Dieu dans sa parole mise par écrit se lie aussi. C’est ce que la Bible décrit par le terme de l’ALLIANCE. Ce qu’elle décrit, elle l’accomplit en même temps, étant la parole écrite (c’est ce que les théologiens appellent la « parole performative », parole qui accomplit ce qu’elle dit).

La parole, du début à la fin de la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse, est une réalité omniprésente, quasi tangible. Elle met en résonance l’univers suscité par la parole de Dieu, et la parole de l’homme qui lui répond. Chaque mot est mis en résonance avec toutes ses autres apparitions. C’est une règle importante de l’exégèse juive : toute mention d’un mot – par exemple le mot « ciel » ou le mot « eau » - dans la Bible est liée à toutes ses autres occurrences. Chaque mot est entouré ainsi d’un champ d’harmoniques qui le mettent en perspective.

Sur le pouvoir de la parole, j’aimerais laisser le mot de la fin à Martin Luther, qui n’avait d’autres armes que sa parole, que la parole de Dieu traduite en langue courante pour être mise à la portée de tous. Avec son humour habituel, voici ce qu’écrivait le réformateur :

« Laissez agir Dieu et sa Parole.
Les cœurs des hommes ne sont point en mon pouvoir. Je ne les ai pas en mains pour les manier à mon caprice. Je vais jusqu’à l’oreille. Pas plus loin. Le cœur échappe à mon emprise. Ne pouvant y verser la foi, je n’ai nul droit de forcer et de contraindre.
Dieu seul, en se donnant au cœur, peut lui donner vie. Annonçons donc la Parole et abandonnons l’issue à Dieu.
Regardez ce qui m’est arrivé. J’ai attaqué indulgences et papistes, mais sans recourir à la violence. Je n’ai rien fait que proclamer, prêcher, écrire la Parole de Dieu et rien d’autre.
Et, tandis que je dormais, ou que je buvais ma bière à Wittemberg avec Philippe et Amsdorf, la Parole agissait. Elle renversait le papisme plus que prince ou empereur n’ont jamais pu le faire.
Je n’ai rien fait. La Parole seule a agi ».
(In : Gorgées d’evangile, Michel Bouttier, Petite bibliothèque protestante)

Voici ces propos de Martin Luther qui pourraient nous donner des idées, je le crois !
(Parole de grâce )

Dieu n’a pas honte de la bassesse de l’homme
Il y entre de plain pied, choisit un être humain comme son instrument
Et accomplit son miracle là où on l’attend le moins
Quand les hommes disent : « perdu »
Il dit : « trouvé »
Quand ils disent : « jugé »
Il dit : « sauvé »
Quand ils disent : « non »
Il dit « oui ».
Quand les hommes détournent les yeux
Avec indifférence ou orgueil
Son regard à lui est chargé comme nulle part ailleurs
De toute la brûlure de l’amour.

(Dietrich Bonhoeffer. Prédication à Londres)

Annette Goll-Reutenaire



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