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Paroisse Protestante
de Montbéliard

Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédications   8 juillet 2007    

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18 rue Viette
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1 Corinthiens 9, 1-6 et 15-23


L'entreprise est en crise. Elle vient de changer de directeur. L'ancien était apprécié pour ses qualités humaines, mais au niveau supérieur, on lui reprochait de ne pas augmenter assez le chiffre d'affaire. Le nouveau directeur a aussi ses partisans, et maintenant la boîte est déchirée, divisée en deux blocs qui se détestent.


Que penseriez-vous d'un homme qui assurerait le nouveau directeur de son soutien inconditionnel tout en répétant au premier qu'il a tout à fait raison de ne pas se laisser faire et de protester contre l'intrus... Au nouvel arrivant, il dit que les contraintes de la concurrence ne permettent pas de faire du sentiment, et au premier il assure que les humains ne sont pas des machines et qu’un bon climat dans une société génère de meilleurs résultats… N'appelle-t-on pas cela un semeur de zizanie, doublé d’un hypocrite, un opportuniste, quelqu'un qui se dirige toujours dans le sens du vent?!... Une de ces personnes qui n'a pas d'opinion propre, qui se plie au gré des événements, adopte la façon de penser des autres en leur présence, qui s'adapte entièrement à ce qu'on attend de lui...


Un opportuniste! Quelquefois, je pense que nous sommes tous opportunistes, si l'on peut dire: nous sommes pour ainsi dire plusieurs personnes en une, nous avons plusieurs facettes, et suivant les groupes que nous fréquentons, nous nous montrons sous tel ou tel aspect...


On peut penser que l'apôtre Paul était extrêmement opportuniste, pour ne pas dire plus. Ne nous avoue-t-il pas dans le texte proposé à notre méditation aujourd'hui qu'"avec les Juifs, il a été comme Juif, qu'avec ceux qui sont sous la loi, il a été comme sous la loi, qu'avec ceux qui sont sans loi, il a été comme sans loi, qu'avec les faibles, il a été faible... Juif avec les Juifs: quand entre 2 voyages missionnaires il revient à Jérusalem, il fait ce que les chrétiens d'origine juive attendent de lui: se purifier au Temple, etc (Actes 21,21ss). Pendant ses voyages missionnaires parmi les païens, il ne leur enseigne qu'une chose: croire en Jésus Christ, mort et ressuscité pour nous; il n'exige pas des nouveaux convertis de se faire circoncire ou d'observer les autres coutumes juives... Pour ceux qui se demandent s'ils peuvent encore manger de la viande qui a été sacrifiée aux idoles, il dit que cela dépend d'eux: avec ceux qui en mangent, disant que ces sacrifices aux fausses idoles n'ont plus aucune signification pour eux, Paul mange aussi de cette viande! Et au contraire, avec ceux qui s'abstiennent de manger de cette viande, Paul n'en mange pas non plus, selon la règle pour lui fondamentale: attention à ne pas choquer, à ne pas faire chuter les plus faibles, càd ceux qui ont peur de consommer cette viande! (Romains 14)

Avec les Grecs, Paul est grec, comme lorsqu'à Athènes il parle aux philosophes en citant même l'un des leurs, en adoptant leur langage philosophique et leur facon de considérer les choses (Actes 17). Avec les romains, Paul est romain: lorsqu'à Jérusalem, il doit être fouetté pour le faire parler, Paul fait dire au tribun responsable qu'il est citoyen romain; le tribun n'en revient pas, lui qui a acheté à prix d'or sa citoyenneté romaine... Et Paul déclare fièrement qu'il est, lui, romain par sa naissance... (Actes 22,25ss)


Enfin, Paul réellement se fait tout à tous; pour lui, il n'y a qu'une chose qui compte: faire progresser la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Et tous les moyens sont bons, j'ai presque envie de dire: tous les coups sont permis ! Il n'y a pas pour Paul son identité à préserver, une tradition à maintenir à tout prix, une "pureté" à sauvegarder... Il se mélange résolument avec toutes les populations de l'empire, il se met à leur niveau et parle leur langage pour faire entendre son message.


Nous connaissons toujours ce problème aujourd'hui: comment faire entendre notre message, la Bonne Nouvelle de la liberté en Christ? Alors régulièrement on entend dire que l'Eglise ne sait pas utiliser les moyens de communication moderne, les médias, qu'elle est vraiment trop vieux jeu. Il y a quelques temps en Alsace, pour décider à nouveau davantage de personnes à faire une offrande à l'Eglise, les Eglises protestantes ont décidé de faire un dimanche de l'offrande, avec force publicité et le jour choisi toute une page des deux grands quotidiens alsaciens était achetée pour rappeler aux gens que c'était le moment de faire un don... Le slogan choisi était "J'investis dans ma foi". Alors, c'a été une levée de boucliers, un tollé, surtout en provenance de la campagne. Il est vrai que la campagne de sensibilisation à la nécessité de l'offrande visait surtout les citadins qu'on ne touchait plus par le canal classique de la paroisse...


Sur le fond, que le slogan choisi n'était pas le meilleur qu'on ait pu trouver est une chose, mais sur la forme, pourquoi refuser d'utiliser la presse écrite à grand tirage pour faire passer un message chrétien? Ne faut-il pas utiliser tous les moyens de communication à notre disposition ? Il y a eu les campagnes Billy Graham, qui retransmettaient au cours des 15 dernières années sur écran géant et en direct dans une douzaine de villes françaises et europénnes les soirées d'évangélisation qui avaient lieu dans telle ou telle grande ville. Que les discours de Billy Graham ne méritent peut-être pas qu'on les diffuse partout pour des sommes si fabuleuses est une chose, mais ici encore, pourquoi ne pas se servir des moyens de communication les plus modernes? Parce que les résultats ne suivent pas? Mais Paul se préoccupait-il toujours de l'effet de ses discours? Ne parlait-il que quand il était sûr que des conversions suivraient?Assurément non, et l'apôtre Paul nous incite bien plutôt à sortir d'une certaine réserve timorée pour nous jeter réellement dans la bataille.


Les techniques modernes de communication ne sont qu'un aspect du "se faire tout à tous". Il y a aussi des brouillages dans la communication en ce qui concerne le langage lui-même. Et pour commencer, entre les différentes communautés chrétiennes elles-mêmes; chacune a son langage, les protestants, les catholiques, les évangéliques. Une autre ligne de séparation passe, au sein même d'une même communauté, entre les socio-politiques d'un côté, ceux qui veulent surtout se lancer dans des engagements concrets au service du prochain démuni, et les piétistes de l'autre côté, ceux pour qui la prière et la foi personnelle comptent plus que tout.


Se faire tout à tous, c'est faire le pas vers eux tous, accepter leur langage et même le reprendre à son compte. Et cela vaut aussi pour ceux qui n'ont plus aucune référence biblique ou religieuse, et ils sont de plus en plus nombreux aujourd'hui. Là encore, l'apôtre Paul nous incite à aller de l'avant, à accepter leur langage...


D'autres diront: pas du tout! Il faut garder notre langage traditionnel, affirmer clairement avec les mots de toujours ce que dit la Bible. Alors les gens seront touchés, et non pas si l'on reprend leur langage qui risque de tout diluer; à la fin on ne sait plus qui dit quoi...


On ne sait plus qui dit quoi... C'est vrai, en fin de compte, on ne sait plus si l'apôtre Paul est juif ou païen ou chrétien, s'il est grec ou romain, s'il se soumet à la loi juive ou bien non... Pour Paul, les choses sont à la fois plus simples et plus compliquées. Plus simples parce qu'il ne se pose pas la question hautement philosophique: qui suis-je, au juste? mais qu'il se sait simplement être une créature neuve en Jésus-Christ. Et plus compliquées, car il dit: "avec ceux qui sont sous la loi, je suis comme sous la loi (quoique je ne sois pas moi-même sous la loi); avec ceux qui sont sans loi, je suis comme sans loi (quoique je ne sois pas sans la loi de Dieu, étant sous la loi du Christ). Ainsi Paul est à la fois libéré de la loi juive avec toutes ses contraintes, et lié par la loi du Christ, celle qui le rend responsable et le pousse à annoncer partout la bonne Nouvelle. Paul n'est pas un hypocrite; il ne fait pas semblant d'être comme l'autre pour lui vendre sa marchandise, pour prêcher pour sa chapelle... Avec ceux qui sont sans loi il est sans loi, mais il sait au fond qu'il a une loi, même si elle est différente... Avec ceux qui suivent les prescriptions de la loi juive, il suit les mêmes prescriptions, mais au fond il sait qu'il en est libéré par Christ. C'est une dialectique! Luther l'exprimait de la façon suivante: "Un chrétien est libre et indépendant de tous. Un chrétien est lié et serviteur de tous"...! Cela paraît peut-être être des exercices de haute voltige qui nous sont ici recommandés! Il s'agit déjà dans un premier temps de ne pas suivre toutes les modes et de prendre du recul en prenant le contrepied des positions qui semblent évidentes à tous... Nous avons à exercer un esprit critique. Ne sommes-nous dès lors pas déjà réellement libres?


Pour terminer, rappelons que si Paul est capable de se faire tout à tous, c'est parce qu'il connaît toutes ces façons d'être des diverses populations de l'empire romain de l'époque; il connaît bien sûr la pensée et la loi juives, il a étudié le grec et les philosophes, il connaît la législation romaine qui lui permet pendant son procès d'en faire appel à l'empereur lui-même. Il connaît les cultes païens desquels font partie les gens qu'il convertit... Alors, pour nous, c'est clair: si nous voulons parler aux autres de Jésus-Christ, nous devons d'abord les connaître, savoir leur mode de pensée et leurs réactions... Si nous avons 2 oreilles et 1 bouche, dit un dicton, c'est qu'il nous faut écouter deux fois plus que nous ne parlons...! Alors, écoutons, et puis parlons, avec autant d'assurance que Paul, pour dire notre foi. Amen.

Annette Goll-Reutenauer



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