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Paroisse Protestante
de Montbéliard

Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédications   2 septembre 2007    

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18 rue Viette
25200 Montbéliard
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Marc 1, 14-39

Chère assemblée !

Il paraît que la terre est ronde !

En d'autres temps, on risquait le bûcher quand on affirmait cela, mais ce n'en est pas moins vrai ... Ca fait partie de ces choses qu’on ne voit pas, que la terre est ronde. Autour de nous, tout est bien plat. Et même quand vous allez vous balader à l’autre bout du monde, eh bien cela ne se voit pas ! Les gens ont toujours la tête en haut et les pieds en bas, même si ce n’est pas le même haut et le même bas que nous ! Aux antipodes, càd là où les gens ont les pieds à l'opposé de nous, ils marchent tout droit quand même !

La terre est bien ronde pourtant, et elle est grande aussi, même si cela n’est pas présent à notre conscience bien souvent. Et même aux antipodes, il fait bon se sentir en communion. Lorsqu’il y a un certain nombre d’années j’ai visité la Nouvelle Zélande, dans les Eglises on nous a fait très bon accueil, car nous faisons partie de la famille. Extraordinaire impression quand on est si loin de chez soi. En plus là-bas, ils ont la même liste des textes bibliques que nous, car ces lectures sont communes à une majorité d’Eglises, catholique, protestante, anglicane. Ainsi si l’on s’en tient à cette liste, les mêmes textes bibliques sont lus partout dans le monde. Belle communion !

C'est bien cela, l'oecuménisme, l'oikoumenè, "toute la terre habitée", toute la terre habitée est unie dans une même prière, un même écoute de la Parole, une même communion. Quel privilège nous avons, nous les chrétiens !

Si je commence mon message par là, si j'essaie de lever notre regard vers ces rivages lointains, vers le grand large, vers tous ces lieux où aujourd’hui on chante et on prie et on écoute la Bible, c’est pour que nous nous souvenions de cette grande famille qui est la nôtre ? Par-delà les clivages confessionnels, les différences de toutes sortes, elles existent ! Mais ce qui nous unit est plus fort, est plus important. C'est pour rappeler que l'oecuménisme, c’est fondamental.

Et même si souvent nous avons l’impression que « ceux d’en face » ne nous comprennent pas. Est-ce que nous nous donnons la peine de les comprendre, eux ?

Et même si le pape sort des documents avec la prétention d’être, eux, l’Eglise romaine, la seule vraie Eglise. Le pape est-il si important que ça ? J’ai l’impression que les catholiques à la base attachent bien moins d’importance aux documents du Vatican que nous autres qui avons le culte de la lettre et du texte écrit ! Je crois bien que ceux qui attachent le plus d’importance à ce que dit et fait le pape, c’est les journalistes !

Non chers amis, l’œcuménisme c’est bien plus que de se retrouver entre catholiques et protestants de paroisses voisines, une à deux fois fois par an pour une célébration commune. Il faut se rendre compte des vraies dimensions de l'oecuménisme : une dimension planétaire, et rien d'autre. L'Eglise du Christ se trouve dans tous les pays du monde ! Et cette prise de conscience là, c’est l’avenir de l’Eglise, j’en suis convaincue.

Cela donne du courage : car même si nous nous sentons peu nombreux ici, il y en a tant et tant d’autres, en tant d’endroits, qui comme nous croient au Christ et à son message de vie et de paix. Et cela doit nous interpeller aussi : pas de provincialisme ici ! Pas d’attachement sans borne à des coutumes locales, car il y a d’autres façons d’être chrétiens. Certains dansent pendant leurs cultes ! Et alors ? Certains font des signes de croix ! Certains méditent simplement en silence. Certains tapent dans les mains et s’agitent. Et alors ? Cela n’a pas besoin de nous plaire. Nous n’avons pas davantage besoin d’adopter leur façon de faire. Nous avons juste besoin de nous rappeler que c’est leur façon de faire, à ces autres chrétiens. Et à le respecter comme une façon de faire possible…

J’ai la chance de voyager encore, et ce dès après-demain : je serai en Roumanie pour une rencontre des Eglises européennes, de tous les pays d’Europe. Une rencontre qui pour la première fois a lieu dans un pays à majorité orthodoxe. La Roumanie vous le savez est à la croisée entre Europe de l’Est et Europe de l’Ouest et du Sud. 2000 délégués se retrouveront, pour faire mieux connaissance. Parler de l’Europe, notre vieux continent. Se rappeler que la sécularisation qui marginalise la foi peut aussi être une chance, la chance d’une redécouverte. Prier et chanter ensemble. Je vous en reparlerai ! Mais pensez dans vos prières à cette rencontre, pour qu’elle soit fructueuse et participe à faire mieux se connaître les chrétiens des tous les pays d’Europe, à mettre fin aux préjugés des uns sur les autres, à faire avancer l’unité des Eglises.

Si je vous parle d’œcuménisme aujourd’hui, c'est aussi pour rappeler autre chose : que ce texte d'Evangile que nous avons entendu tout à l'heure, nous vient aussi du grand large. Pas de si loin que la Nouvelle-Zélande, et d’un peu plus loin que la Roumanie. Ce texte nous vient du Proche Orient, d’un autre continent. Autrement dit, l’Evangile vient d’assez loin pour exiger de nous une attention et une concentration pleines et entières pour y comprendre quelque chose ! Presque tout ce qui a été vécu par les personnages dont la Bible parle, a été vécu hors d'Europe, au Proche-Orient, en Palestine, Canaan ou Israël, comme on voudra. Et la Bible nous vient non seulement de loin géographiquement, elle nous vient aussi de loin dans le temps : de 2000 à 3000 ans nous séparent de ceux qui l'ont écrite.

Essayer de comprendre ce qu'elle dit, ce n'est donc pas évident ! Et si le message qui en est le noyau est intemporel, ou plutôt s'il est de tous les temps - hier, aujourd'hui et demain ! - il faut pourtant percer la coquille pour y accéder, et être endurant et perspicace ! La Bible n'est pas un livre hermétique ou codé, elle s'offre à qui se donne la peine de la lire. Elle parle à tous, pas besoin d'avoir fait des études universitaires, les disciples de Jésus n'étaient pas des intellectuels mais de simples pêcheurs, ce n'est pas la peine de faire des complexes ! Encore faut-il se donner la peine de l'ouvrir et de la lire, réellement, pas seulement un verset ici ou là. Puisque notre Dieu a choisi de se faire connaître par sa Parole, mise par écrit, voilà donc le seul moyen de se rapprocher de lui. Ne laissons pas dormir ce trésor dans nos tiroirs et nos placards ! Empoignez votre Bible, vous ferez des découvertes étonnantes ! Et ce qui est encore mieux que de la lire tout seul, c'est de la lire ensemble avec d'autres, car alors on peut s'éclairer et échanger nos trouvailles !

Ainsi dans l'Evangile pour aujourd'hui, je suis frappée par tel aspect, mais vous-même, c'est peut-être un tout autre aspect qui vous a frappé, et ce serait interessant d'en discuter ! ... Il est dit que Jésus parlait avec autorité, càd : il ose parler en disant « Je ». Il ne se retranche pas derrière la tradition… les scribes… ce que d’autres ont dit avant lui. Il ose dire ce qu’il comprend, lui, qui n’est pas un scribe ni un docteur de la loi. Et il parle avec autorité ! Vous aussi, vous êtes appelés à dire ce que vous comprenez à la lecture d’un passage biblique (catéchisme pour adultes) et à le partager avec d’autres. En fait, c’est le meilleur trait d’union avec tous les chrétiens du monde, et c’est aussi un centre d’intérêt pour des non-croyants, pour peu qu’on arrive à leur parler de la Bible avec des mots d’aujourd’hui, et à propos de questions qu’ils se posent.

Selon l'évangéliste Marc, Jésus fait trois choses tout au long de son périple en Galilée : quand il peut se mettre à l'écart, (1), il prie, et autrement, (2) il prêche et (3) il guérit.

Il prêche avec autorité donc, càd il ne rabâche pas ce que d’autres ont dit, mais il dit des choses nouvelles, qui retiennent l’attention. Si bien que les gens sont « frappés de stupeur » !

Le rabâchage nous guette toujours… Une foi qui n’est plus vivante en est réduite à rabâcher; à ânonner des paroles en latin - ce contre quoi la Réforme s’est dressée au 16ème siècle pour traduire les écrits bibliques en langue usuelle - à répéter des formules devenues hermétiques qui qui sonnent si familières, à chanter toujours les 2 ou 3 mêmes cantiques lors des obsèques, dernière traces d’un répertoire jadis si riche. Le rabâchage nous guette chaque fois que nous ne faisons plus l’effort de la réflexion, chaque fois que nous ne nous laissons plus surprendre.

Troisièmement donc, Jésus guérit. Et curieusement, le premier à réagir aux paroles de Jésus est le démon ! Le démon déteste le neuf ! Le démon au contraire aime le rabâchage, il aime l’immobilité. Le démon aime le même, le contraire de la différence ! Même s’il est très au fait de la vérité. Ce qui est cocasse, c’est qu’il est le premier à confesser l’identité de Jésus dans ce premier chapitre de l’Ev de Mc. « Je sais qui tu es : le saint de Dieu ». Effectivement, le démon en sait des choses ! Et ce qu’il dit ici est la vérité.

Deux fois notre passage insiste : Jésus chasse des démons. Voilà bien une façon de parler d'autre fois, qui c'est qui croit encore aux démons aujourd'hui ? Ils ne font plus partie de notre vie, ou bien ?

Qu'est-ce que c'est que ces démons ? Ils renvoient à leur chef, le diable, qu'ils représentent parmi les humains. Qu'est-ce qu'on n'a pas dit du diable ! Que de représentations presque enfantines, où l'on voit un personnage hideux, cornu, fourchu. Sur le parvis de la cathédrale de Strasbourg, la représentation du diable est un peu plus subtile : il est présenté comme le prince de ce monde, un beau jeune homme avec un visage aux traits réguliers, des pommettes rondes et un sourire agréable sur les lèvres, couronné et élégamment vêtu, qui tient dans sa main une pomme, symbole des tentations. Il faut déjà s'approcher de très près pour remarquer que cette belle apparence cache quelque chose : des serpents et des crapauds montent le long de son dos, sur sa belle tunique; voilà l'envers des choses, la vérité !

Oui, mais ce sont les gens du passé qui croyaient au diable ! Que peut-on en dire à un homme du 21ème siècle ? Le diabolique se manifeste doublement : 1. Par la division 2. Par le repli sur soi. C'est très simple au fond, et tout le monde se sentira concerné : le dia-bolos, c'est mot à mot celui "qui jette en travers", c'est le diviseur. Tout ce qui relève de la division et de la discorde provient de lui : mésentente entre les humains, familles déchirées, discorde entre époux, rejet de l'étranger et purification ethnique, indifférence face à la détresse et torture de l'innocent... Divisions dans l'Eglise aussi, qui sont un si fort contre-témoignage. Et plus profondément encore : division au sein même de chaque être humain, en chacun de nous, chez moi, chez vous tous, il y a des souhaits et des tendances contradictoires, et notre faible volonté nous dirige une fois dans telle direction, une fois dans telle autre : "je fais le mal que je ne veux pas faire, je ne fais pas le bien que je voudrais faire", dit l'apôtre Paul. Dans ce chaos, qui nous rendra l'unité de notre être ? La concorde avec le prochain ? La deuxième manifestation du diable est plus actuelle encore dans notre Occident riche. La maladie dont il est question ici est on ne peut plus « moderne ». « In sich gekrümmt sein » disait Luther - et cette tendance profonde de l’homme ne date donc pas d’aujourd’hui ! Être possédé, c’est être replié, recroquevillé sur soi-même, incapable de s’ouvrir à l’autre, dont la différence nous fait toujours peur. L’égocentrisme forcené de notre époque n’est rien d’autre, si bien que nous sommes à peu près tous possédés de ce démon-là.

Jésus de Nazareth s'oppose au diviseur. Il chasse les démons. Il rend aux humains leur unité intérieure, seule vraie base pour surmonter les discordes entre humains. Là où il vient, les forces de destruction et de division perdent de leur puissance. Des hommes et des femmes sont libérés et vivent pleinement la vie. Les Evangélistes en parlent à toutes les pages, et s'ils ont écrit ces récits de libération, d'unité retrouvée, de guérison intérieure et entre les humains, ce n'est pas pour parler de temps anciens qui sont bien révolus. Mais c'est pour inviter chacun et chacune, tous ceux qui savent lire ou entendre, à faire la même expérience.

Annette Goll-Reutenauer



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