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Paroisse Protestante
de Montbéliard

Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédications   23 septembre 2007    

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Marc 8, 18-21

4-9 septembre 2007 :

3ème rassemblement œcuménique européen à Sibiu, Roumanie

Tiré du message, lors du premier culte mercredi matin 5 septembre 07 à Sibiu, de sa Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée : « Votre cœur est endurci ? Vous avez des yeux, et ne voyez pas ? Des oreilles, et n’entendez pas ? … et il leur dit : Et vous ne comprenez toujours pas ? »…

Dans le récit de l’évangéliste Marc, cette interpellation de Jésus est particulièrement dure : et l’incompréhension des disciples elle-même difficile à comprendre ; ne viennent-ils pas d’assister à la multiplication des pains. « Vous ne vous rappelez donc pas, quand j’ai rompu cinq pains pour cinq mille personnes ? Combien de cabas pleins de morceaux avez-vous emportés ? Douze, dirent-ils » (v. 18-19) L’instant d’après, ils se font grand souci car ils ont oublié d’emmener du pain dans la suite de leur voyage. Petite foi !

Alors à Sibiu nous n’étions pas cinq mille, mais seulement la moitié : environ 2500 délégués se sont retrouvés du 4 au 9 septembre dans la ville de Sibiu (ou Hermannstadt, ville qui a aussi un nom hongrois). Une ville ayant 3 noms, vous devinez que l’histoire n’y était pas simple, et en effet, cette région centrale de la Roumanie, enserrée dans le croissant des Carpathes, que l’on nomme la Transsylvanie, a une histoire très complexe, comme l’Europe de l’Est en général : puzzle multi-ethnique, multi-langue, multi-culturel.

Digression n° 1 : histoire de la Transsylvanie. Dès la fin du 12ème siècle, on trouve la trace d’immigrants germaniques en Transsylvanie, ceux qu’on appellera ensuite les Saxons. On parle d’eux dans un document de Rome, car le pape à la fin du 12ème siècle accède à leur demande d’être un district (Probstei) d’Eglise indépendant des évêques alentour, mais rattaché directement au Vatican. Ce qui est une façon de devenir autonomes : le lointain suzerain est bien moins exigent et contraignant que celui qui se trouve dans le voisinage proche. Cette autonomie conduit à une forme de démocratie, car les prêtres, qui avaient aussi un important rôle social en organisant la solidarité dans les communautés, étaient élus par les Saxons. Les Saxons ont mis sur pied aussi très tôt des sortes de coopératives où l’on s’entraidait et travaillait ensemble. Une de leur spécialité a été la construction d’Eglises-forteresses (« Kirchburg ») où les habitants se retranchaient en cas d’agression extérieure, et bien sûr pratiquaient leur religion. C’est donc tout naturellement que les Saxons de Transsylvanie sont devenus protestants dès le tout début de la Réforme au 16ème siècle, car ils se retrouvaient dans cette organisation non centralisée et dans les idées de promotion des individus, de leur responsabilité et de leur liberté. Fin de la digression.

Nous étions donc 2500 délégués de toute l’Europe à Sibiu, venus de TOUS les pays d’Europe, et de la majorité des Eglises : protestants, catholiques, anglicans, orthodoxes… Ce troisième rassemblement œcuménique fait suite aux 2 premiers : à Bâle en 1989, et à Graz en Autriche en 1997. Ce deuxième rassemblement à Graz a accouché d’un bébé en 2001 : la « Charte Œcuménique », signée solennellement par toutes les Eglises lors d’une cérémonie de réception à Strasbourg en avril 2001 (à l’église Saint-Thomas !)

Digression n° 2 : la Charte Oecuménique

Si vous n’en avez jamais entendu parler, c’est dommage, et il faudra que l’on rattrape cela ! L’idée était excellente : donner une base commune à toutes les relations œcuméniques entre les Eglises d’Europe, et les encourager à poursuivre le chemin ensemble. Ce n’est pas la constitution d’une Super Eglise, comme le disait le patriarche Bartholomée, ni un texte infaillible, disait-il ; « mais malgré ses faiblesses, c’est le fruit d’une intense coopération inter-Eglises et la preuve de la volonté forte de toutes les Eglises européennes de continuer et d’intensifier leur collaboration pour le développement d’une Europe entièrement nouvelle ».

Les 12 articles de la Charte Œcuménique sont suivis chacun d’engagements dont voici quelques-uns : travailler, dans la force de l’Esprit Saint, à l’unité visible de l’Eglise de Jésus-Christ (baptême réciproquement reconnu et communion eucharistique…), annoncer ensemble l’Evangile, en paroles et en actes… aller les uns vers les autres en discernant les belles choses, mais aussi les fautes, surmonter la suffisance et les préjugés… prier les uns pour les autres et les uns avec les autres, car l’œcuménisme se nourrit de la lecture ensemble de la Parole de Dieu… prendre part à la construction de l’Europe… sauvegarder la création… approfondir la communion avec le judaïsme et cultiver des relations avec l’Islam…

La Charte Œcuménique a le mérite d’exister, elle peut servir de phare à l’horizon et aussi de point d’appui concret si l’on reprend ce texte avec nos partenaires œcuméniques à nous, ici, localement. Où l’on retrouve un slogan du mouvement œcuménique déjà ancien, mais toujours actuel : « Penser globalement, agir localement ». Fin de la digression

Ce troisième rassemblement Œcuménique Européen (EEA3 pour les intimes : Ecumenical European Assembly) fait donc suite aux deux premiers. Comme les deux premiers, il a été organisé conjointement par la CEC (Conférence Européenne des Eglises) de laquelle sont membres les protestants, orthodoxes et anglicans, et par le Conseil des Conférences Episcopales d’Europe, catholique romain. Les organisateurs ont eu une excellente idée : ce troisième rassemblement a eu lieu dans un pays à majorité orthodoxe (environ 80% de la population), après Bâle dans un environnement plus protestant et Graz chez les catholiques. C’est à l’heure actuelle bien plus qu’un équilibre bien compris. Car l’Europe est un continent d’une diversité étonnante, langues, cultures, religions, longue histoire, beaucoup de guerres, dont deux guerres mondiales tout de même, mais une histoire aussi de cohabitation pacifique d’ethnies différentes sur de longues périodes… Et voici qu’avec la chute du mur, elle a commencé une nouvelle page de son histoire ; l’ancienne fracture est surmontée, nous pouvons changer nos habitudes géographiques et renouer avec toute la partie de l’Est qui était si peu, pas du tout, dans notre perspective d’Européens de l’Ouest. Il était donc excellent d’aller à la rencontre de l’Est du continent, et de cette orthodoxie que nous connaissons si peu. Et pour eux, il était tout aussi excellent d’offrir leur hospitalité, de nous recevoir d’égal à égal – après toutes ces années dans l’étau communiste. Peut-être une manière, Dieu voulant, d’effacer une autre fracture, bien plus ancienne mais toujours présente dans les esprits : le sac de Constantinople (1205 : la quatrième croisade se détourne de sa destination, Jérusalem, pour piller et massacrer cette grande ville qu’était Constantinople, avec une cruauté folle. L’orthodoxie a les reins brisés et pendant plusieurs siècles subit le joug ottoman sans pouvoir tenir tête…) et de revenir en-deça, à des relations apaisées, des relations tout court.

Digression n° 3 : la Roumanie est un petit pays d’Europe de l’Est. Sa population diminue depuis la chute du communisme car la jeunesse s’en va. Avec un salaire mensuel moyen d’environ 300 €, on les comprend. Comment résister à la tentation de tenter sa chance quelques centaines de km plus à l’Ouest, où les revenus sont tout autres ; notamment en Italie, car les Roumains, de langue latine, ont grande facilité à comprendre très vite l’italien. 25% des Roumains parleraient le français, pour ma part je n’en ai pas rencontré !

Depuis le 1er janvier 2007, la Roumanie comme la Bulgarie sont entrés dans la Communauté Européenne. D’ailleurs à Sibiu, nous avons eu la visite et le discours du président actuel de la Commission Européenne, M. Barroso – discours très apprécié de beaucoup. Une jeune Roumaine, parlant parfaitement l’anglais, notre guide lors d’une visite de la ville de Sibiu, nous a dit que désormais les jeunes réfléchissent avant de quitter le pays : ils se rendent compte qu’il y a des affaires à faire en Roumanie où tout est à construire. Sur le bord de la route entre Bucarest et Sibiu, j’ai vu de très nombreuses maisons en construction. Fin de la digression.

J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, notamment sur la volonté d’ouverture des passionnés d’œcuménisme, sur la beauté de la communion dans la prière et le chant au sein d’une si grande diversité, comme l’a dit un cardinal catholique. Sur la façon dont les orthodoxes russes se sont distingués par leurs paroles plutôt réactionnaires, à comprendre sur l’arrière fond de leur société en déliquescence ; sur les habits ecclésiastiques des uns et des autres, où l’on a l’impression depuis notre point de vue protestant, d’assister à une belle surenchère, traduisant aussi des crispations identitaires… Sur le souci exprimé par de nombreux délégués, de notre planète malmenée et souffrante : le sursaut est nécessaire, le changement d’habitudes aussi, et vite.

Mais il me faut finir et je reviens à mon propos du début : qu’est-ce donc que les 2500 délégués n’ont pas vu, eux qui ont pourtant des yeux pour voir, et que n’ont-ils pas entendu, eux qui ont des oreilles pour entendre… En quoi est-ce que l’interpellation sévère du Christ les concerne ? Se pourrait-il qu’ils n’aient pas compris – que nous n’ayons pas compris – que l’heure était plus grave ? qu’il ne suffisait pas le plaisir de la rencontre et la préparation d’une déclaration finale bien équilibrée ? J’ai eu ce sentiment : les occasions sont rares de se retrouver tous ensemble, et celle-ci a manqué d’audace. Ne fallait-il pas saisir l’occasion de ce 3ème rassemblement œcuménique européen pour poser un acte prophétique… qui sait quand aura lieu le 4ème ? Aurait-il été inconcevable de célébrer la Cène tous ensemble ? Bien sûr, pour beaucoup. Mais en même temps, quelle arrogance ! C’est le Christ qui invite à la Cène, qui peut oser prendre sa place ? et dire qui a droit à la prendre et qui non ?

Sur le chemin de l’unité des Eglises, voici un acte qui n’aurait pas manqué de panache. Et que beaucoup auraient salué, notamment les représentants des couples mixtes qui étaient aussi à Sibiu. Des oreilles pour ne pas entendre, des yeux pour ne pas voir : il est clair que le défi écologique est devant nous. A Sibiu, nombreux ont été ceux qui voulaient que les Eglises prennent toutes leurs responsabilités dans ce domaine. La survie de notre planète est en jeu, et nous n’en avons pas d’autre. Si le formidable réseau qu’est l’Eglise universelle se saisissait davantage de cette question, il gagnerait en visibilité et en crédibilité.

Que Dieu nous soit en aide.

Annette Goll-Reutenauer


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