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Paroisse Protestante
de Montbéliard

Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédications   6 janvier 2008    

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2 Rois 5, 1-19


La lèpre de l’orgueil

L'histoire qui nous est contée aujourd'hui, celle de Naaman le Syrien, Jésus la connaissait bien. Parmi toutes les histoires de la Bible (notre AT), cette histoire-là a même particulièrement retenu son attention. Car le jour où il se présente à la synagogue de Nazareth pour faire la lecture - comme nos lecteurs chaque dimanche !-, il lit un passage du prophète Esaïe et déclare ensuite à tous que c'est en lui que la prophétie est réalisée. Et comme tous restent incrédules, il ajoute : "Je vous le dis en vérité, aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie. Je vous le dis en vérité : Il y avait plusieurs veuves en Israël du temps d'Elie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois et qu'il y eut une grande famine sur toute la terre ; et cependant Elie ne fut envoyé vers aucune d'elles, si ce n'est vers une femme veuve, à Sarepta, dans le pays de Sidon. Il y avait aussi plusieurs lépreux en Israël du temps d'Elisée, le prophète ; et cependant aucun d'eux ne fut purifié, si ce n'est Naaman le Syrien" (Lc 4, 24-27) Paroles polémiques de Jésus !

Autrement dit : Dieu s'est choisi un peuple, pour lequel il a fait de grands projets. Mais ce peuple n'a pas été très coopératif, il n'a pas été fidèle à ce que Dieu attendait de lui. Si bien que le salut destiné à Israël a touché aussi des personnes d'autres peuples, des personnes polythéistes au départ mais qui ont reconnu la puissance du Dieu vivant: c'était le cas de la veuve de Sarepta, au temps d'Elie, et de Naaman le Syrien, au temps d'Elisée. Jésus est en train de dire à ceux qui l'écoutent à la synagogue de Nazareth que c'est exactement la même chose qui va se produire avec lui : de même qu'Elie et Elisée étaient envoyés en priorité à leur peuple, mais se sont tournés aussi vers des étrangers, de même Jésus va être rejeté par son peuple, et ce sont d'autres peuples qui hériteront de l'alliance conclue entre Dieu et les humains.

Tous ceux qui écoutent Jésus ce jour-là comprennent l'avertissement de Jésus. Ecoutez la suite : "Ils furent tous remplis de colère dans la synagogue, lorsqu'ils entendirent ces choses. Ils se levèrent et le chassèrent hors de la ville, et le menèrent jusqu'au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, afin de le précipiter en-bas. Mais Jésus, passant au milieu d'eux, s'en alla" (Lc 4, 28-30)

Jésus a donc été frappé par cette rencontre entre Naaman le Syrien et Le prophète Elisée. Et c'est vrai que cette histoire est frappante par bien des points. Essayons de mieux comprendre ce qui s'est passé.

D'abord, Israël et son voisin Aram (autre nom pour la Syrie de l'époque) sont en guerres incessantes. Les chapitres qui précèdent et ceux qui suivent sans cesse rapportent les différents épisodes des guerres que se livrent ces ennemis jurés.

Naaman est un personnage important dans son pays. Il est le chef de l'armée, il était très apprécié de son maître le roi, car, ajoute la Bible, quel drôle d'explication, "c'était par lui que l'Eternel avait délivré les Syriens" (v. 1) ! On savait que Dieu s'occupait de son peuple Israël, mais ici il favorise les ennemis d'Israël, les Syriens, qu'il délivre (de qui, des Hébreux ?!) Naaman a donc obtenu des succès de guerre, et l'Eternel le regarde favorablement. D'après les commentateurs rabbiniques, c'est lui qui aurait tué avec une flèche de son arc le roi Achab, père du roi qui est alors au pouvoir, Joram, dans une autre bataille entre Hébreux et Syriens (1 R 22, 34). Naaman cependant n'est pas pleinement heureux malgré sa bonne position dans son pays : il est malade. On peut supposer que sa lèpre n'avait pas encore atteint un très grave degré, puisqu'il n'est pas contraint de s'isoler. Mais le pire est à redouter, il faut donc que Naaman agisse rapidement.

Ici, c'est une période de trêve entre Israël et la Syrie, mais la situation est toujours tendue, comme on va voir. Car des troupes de soldats, peut-être même avec Naaman à leur tête, avaient ramené captive d'Israël une fillette, que l'on donne comme servante à la femme de Naaman. Et voilà la première étape de notre histoire, l'élément déclencheur : la petite voit que l'époux de sa maîtresse est malade, et elle dit à celle-ci : En Samarie il y a un prophète qui saurait aider ...

Sans attendre, Naaman va voir le roi de Syrie son maître et lui répète les paroles de la petite fille : 2e étape du récit. Le roi qui tient à son chef de guerre lui donne la permission de se rendre en Samarie. Seulement, comment trouver en Samarie un prophète dont la petite ne sait pas même le nom ? C'est certainement la raison pour laquelle le roi de Syrie envoie Naaman, muni d'une lettre de sa part, au roi d'Israël : celui-ci doit pouvoir les aider à trouver le prophète (comme les mages iront trouver Hérode).

3e étape : Naaman se met en route pour la Samarie, avec une escorte et de riches cadeaux. Il porte la lettre au roi d'Israël, et voici ce que la lettre disait : "Maintenant, quand cette lettre te sera parvenue, tu sauras que je t'envoie Naaman, mon serviteur, afin que tu le guérisses de sa lèpre" (v. 6) Alors le pauvre roi d'Israël est plutôt épouvanté et il se dit : c'est sûr, ce foutu roi de Syrie ("celui-là") me cherche querelle, il cherche une occasion de provoquer une nouvelle guerre : "Suis-je Dieu, pour faire mourir et pour faire vivre, pour que celui-là s'adresse à moi afin que je guérisse un homme de sa lèpre ? Sachez donc et comprenez qu'il cherche une occasion de dispute avec moi" (v.7)

Le roi d'Israël n'a rien compris. Et l'histoire pourrait en rester là, aboutissant dans une impasse. Certes le roi d'Israël connaît le prophète Elisée. Mais il n'en parle pas à Naaman. On peut supposer qu'il le passe sous silence intentionnellement. Car Joram, roi d'Israël, et Elisée le prophète ne sont pas amis - de même qu'Achab, père de Joram, avait toujours été en conflit avec Elie, le père spirituel d'Elisée. Car du côté des prophètes, on reproche toujours à nouveau aux rois leur infidélité au Dieu d'Israël.

Dans la 4e étape de l'histoire, c'est Elisée qui prend l'initiative. Il envoie un messager à Joram : Pourquoi, roi d'Israël, es-tu si bouleversé ? Laisse venir Naaman chez moi, et il saura qu'il y a un prophète en Israël (v.8)

Ce qui mène à la 5e étape, la plus longue du récit, là où Naaman touche enfin au but de son voyage, la rencontre avec le prophète. Mais cette rencontre va se passer tout différemment de ce que Naaman avait espéré. "Naaman vint avec ses chevaux et son char, et il s'arrêta à la porte de la maison d'Elisée" (v. 9) En tant que lépreux, Naaman bien sûr n'a pas le droit d'entrer dans la maison. Mais le moins qu'il attendait, lui qui est un personnage en vue à la cour de son pays, lui qui a fait un long voyage plein de rebondissements, qui a mené une enquête pour retrouver ce prophète, qui est venu avec tout un équipage et de riches cadeaux, lle moins qu'il attendait, c'est qu'Elisée daigne venir à sa rencontre. Or pas du tout : "Elisée lui fit dire par un messager : "Va et lave-toi 7 fois dans le Jourdain; ta chair redeviendra saine, et tu seras pur" (v. 10). Voilà qui ne plaît pas du tout à notre Syrien, pour 2 raisons :

- Elisée n'est pas venu à sa rencontre, il s'est contenté de lui envoyer son serviteur - comme si vous attendiez un rendez-vous depuis longtemps avec le dentiste, et c'est son assistante qui finalement s'occupe de vous !

- Elisée n'a rien fait de ce qu'attendait Naaman, il n'a prononcé aucune parole, fait aucun geste qui pourrait le guérir ! Et quand à aller se tremper dans le Jourdain, il n'en a pas besoin, il est propre sans cela, et les eaux des fleuves de Damas sont quand même bien plus propres que celles du Jourdain...

"Naaman fut irrité, et il s'en alla, en disant : Voici, je me disais : il sortira vers moi, il se présentera lui-même, il invoquera le nom de l'Eternel, son Dieu, il agitera sa main sur la place et me guérira. Les fleuves de Damas, l'Abana et le Parpar, ne valent-ils pas mieux que toutes les eaux d'Israël ? Et il s'en retournait et partait avec fureur" (v. 11-12)

Une fois de plus, ce sont les humbles, les petits qui vont jouer un rôle déterminant. Après la fillette israélite, la servante de sa femme, ce sont les serviteurs qui escortent Naaman qui le calment et le persuadent de faire ce qu'Elisée a dit. "Si le prophète t'avait demandé quelque chose de difficile, ne l'aurais-tu pas fait ?" C'est si simple de se tremper 7 fois dans le Jourdain ! Tu n'as rien à y perdre ! Fais-le donc !

Au fond, Naaman n'avait pas compris une chose. Certes, il voulait être guéri, il avait entrepris ce long voyage, il avait fini par trouver le prophète. Mais il pensait que sa participation s'arrêtait là. Il pensait qu'Elisée allait dire et faire des choses pour le guérir, et que lui, Naaman, n'aurait qu'à attendre et se laisser faire. Eh bien, non ! pour sa guérison, il doit participer activement, il doit continuer encore son voyage, et se rendre au Jourdain, et là encore, c'est à lui d'agir : de se tremper dans le Jourdain.

Il en va de même pour notre guérison - et quel que soit le nom que porte notre lèpre à nous ! : elle ne peut intervenir qu'avec notre participation, aussi minime soit-elle. La foi en Dieu n'est pas un oreiller de paresse. Et lorsque nous croyons de toutes nos forces : "Dieu pourvoira", ce n'est encore pas suffisant. Il faut en plus agir de toutes nos forces. La foi et l'action se fécondent mutuellement.

Peut-être une première étape vers la guérison est-elle analytique : quel est le nom de notre lèpre à nous ? Quelle est cette chose qui nous grignote peu à peu, de l'intérieur, avec tour à tour des moments de répit et des phases d'attaque ? Quelle lèpre physique ou mentale nous tient dans ses griffes ? L’étape suivante doit se dérouler ensuite dans le registre de l’action, soyons-en sûrs ! Non pas dans l’attente passive…

Le non-interventionnisme d'Elisée - si on peut le dire comme cela - est aussi une façon de mettre en relief ce qui doit l'être : Si Elisée est resté invisible dans l'histoire jusque-là, c'est pour mettre au centre celui qui seul agit efficacement : Dieu ! Ce n'est pas Elisée qui guérit, par des gestes ou des paroles appropriés, c'est Dieu seul. Soli Deo gloria

Naaman s'exécute, et "sa chair redevint comme la chair d'un jeune enfant" (v. 14). Ecoutez ce qu'en pense un commentateur rabbinique : Naaman est devenu lépreux à cause de son orgueil. Ce personnage important s'est pris trop au sérieux et son coeur est devenu méprisant pour les petits. Si c'est une "petite fille" qui l'a mis sur la piste de la guérison, c'est pour que Naaman comprenne qu'il ne guérira pas par la main du prophète, mais par lui-même : s'il a la volonté de s'humilier et de laisser tomber sa fierté. On nous dit que Naaman est arrivé avec char et chevaux : il ne s'est pas humilié, il n'est pas descendu de son attelage, et voilà pourquoi Elisée non plus n'est pas venu à sa rencontre. (Jeu de mot avec Jourdain et j-r-d qui veut dire "descendre") Il finit par descendre de son piédestal, de la haute opinion qu'il avait de lui-même, mais bien à contre-coeur : "Il descendit alors et se plongea 7 fois dans le Jourdain" (v. 14) Il descend dans le fleuve, il laisse tous ses préjugés derrière lui, il se met à genoux dans l'eau, il n'est plus l'homme "à la nuque raide" d'avant. Et c'est ainsi que sa peau devient celle d'"un jeune enfant", qui n'a pas de fierté. Voilà en quoi Naaman est devenu pur.

C'est après tout cela seulement que la rencontre entre Elisée et Naaman peut réellement avoir lieu. Plein de reconnaissance, Naaman retourne chez Elisée et - maintenant - peut se présenter devant lui. "Voici, dit-il, je reconnais qu'il n'y a pas de Dieu sur toute la terre, si ce n'est en Israël" (v. 15)

Voilà en quoi la maladie de Naaman n'était pas vaine : elle a été l'aiguillon qui l'a mis sur la bonne voie : elle a été le déclencheur qui l'a fait découvrir un sens plus profond de sa vie. Elle ne lui a pas permis de rester à la surface des choses, mais elle l'a incité à se mettre en route, à faire un long voyage vers lui-même, un voyage pour se retrouver. C'est en rencontrant le vrai Dieu, Dieu de l'univers, Dieu qui fait vivre et qui fait mourir, qu'il est est devenu vraiment lui-même. Il n'a plus besoin de béquilles : la richesse, la position sociale, les égards dûs à sa personne... Si la maladie – ou la lèpre au sens métaphorique, dans notre cas - peut nous faire douter bien souvent, si elle peut nous enfoncer, elle est souvent aussi l'élément qui nous dérange et donc nous oblige à chercher plus profondément : la première question, c'est souvent : qu'ai-je fait pour mériter cela ? Mais après on en vient à aller plus loin dans ce voyage de la quête de réponses, de la quête de sens : quel sens y a-t-il à tout cela ? Pourquoi cette vie ? Dans quelle direction vais-je ? Pourquoi la souffrance ? Qu'est-ce qui m'attend au bout du chemin ?

Naaman en est venu à reconnaître : "Voici, je reconnais qu'il n'y a pas de Dieu sur toute la terre, si ce n'est en Israël". C'est sûr, ce n'est pas le train-train quotidien qui nous amène à reconnaître Dieu. Il faut des circonstances plus spéciales, des événements imprévus bien souvent, pour nous arracher à notre vie qui ronronne. La maladie, ou l’épreuve, quel que soit le nom de cette épreuve, n'est-elle pas aussi cette circonstance spéciale, qui voudrait nous pousser davantage vers Dieu ? Elle nous dérange, mais elle peut aussi nous faire avancer, comme Naaman.


Nous croyons en toi Seigneur,

Viens au secours de notre incrédulité.


Annette Goll-Reutenauer



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