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Paroisse Protestante
de Montbéliard

Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédications   24 février 2008    

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Jésus et la femme samaritaine
Jean 4 ; 1-42

La scène se joue quelques décennies après la rencontre du puits de Jacob entre Jésus et la Samaritaine. Les deux protagonistes sont morts : Jésus, et la femme de Sychar. Mais la rencontre a laissé des souvenirs précis à un témoin :

Le disciple que Jésus aimait chemine avec un jeune homme qui l’accompagne et qui l’aide à marcher ; car Jean a pris de l’âge. Mais il a voulu retourner une dernière fois sur ces routes de Galilée, de Judée et de Samarie, ces routes sur lesquelles il suivait le Maître autrefois.

Jean :
Tu vois, Daniel, nous approchons du puits de Jacob. C’est ici qu’a eu lieu une rencontre inoubliable !

Daniel :
Encore une !

Jean :
Oui, Daniel, encore une ! mais celle-là vraiment choquante pour nous autres disciples : nous étions stupéfaits ! On nous avait appris des principes : entre autres, s’approcher d’un Samaritain, c’était vraiment proscrit !

Daniel :
Mais pourquoi ? Que vous avaient-ils fait, ces Samaritains ?

Jean :
Oh à nous personnellement, rien ! c’était une vieille histoire…

Daniel :
Raconte… mais en deux mots !

Jean :
Ca va être difficile… les vieilles histoires, les vieilles inimitiés, c’est toujours un peu compliqué… D’abord, il y a eu la chute de Samarie, la capitale du royaume du Nord, il y a bientôt 800 ans. Les Assyriens ont déporté une partie des Samaritains, et ont mis à leur place des étrangers, issus de peuples divers. Ainsi, ils étaient tranquilles : diviser pour régner…

Daniel :
Un principe que les Romains aiment bien…

Jean :
… et que les Assyriens ont appliqué bien avant. Donc cette région de Samarie a été peuplée de gens un peu juifs et un peu polythéistes qui se sont mélangés et ont fait des métis. Ils ont aussi métissé leurs croyances : ils avaient bien le Pentateuque, mais ils adoraient aussi des dieux d’autres nations….

Alors quand Esdras et les autres ont entrepris de reconstruire le temple après l’exil à Babylone, les Samaritains ont dit : on va vous aider ! on est un peu cousins ! et Esdras et les autres ont répondu : pas question ! vous êtes des étrangers ! C’était le début de la mésentente.

Daniel :
elle a duré longtemps à ce que je vois.

Jean :
Et donc tu comprends que la rencontre que nous avons vue était plutôt renversante : Pour nous, « samaritain » était une injure, et rentrant de courses de la ville de Sychar, nous voyons Jésus en pleine conversation avec … une Samaritaine ! Une femme en plus !!

Daniel :
Et qu’est-ce qu’ils se disaient ?

Jean :
Tu penses bien que nous brûlions de le savoir. Mais aucun de nous n’a osé lui demander. D’autant plus que la Samaritaine a laissé là son seau, elle qui était venue pour puiser de l’eau ! apparemment c’était devenu le cadet de ses soucis, et elle est partie en courant. Nous n’y comprenions pas grand-chose. Nous avons même pris peur, car pour peu qu’elle rameute tous ces satanés Samaritains, nous étions peu nombreux par rapport à eux…

Daniel :
Vous viviez dangereusement ! Qu’est-ce qui s’est passé alors ?

Jean :
Elle est effectivement revenue, avec tous les habitants du village ! Mais ils étaient pacifiques, et voulaient que Jésus leur parle aussi. Ils nous ont même invité à rester avec eux pour deux jours, et ils nous ont offert l’hospitalité. Nous qui n’avions que mépris pour eux, ça a été une drôle de leçon. Mais en fait, c’était la deuxième leçon : après la première, et avant la troisième !

Daniel :
Vénéré Jean, avec tout le respect que je te dois, tu parles par énigmes ! Pourrais-tu t’expliquer je te prie ? De quelles leçons parles-tu ?

Jean :
Jésus est allé à Jérusalem. Une première fois. Ca s’est très mal passé. Quand il est entré dans le lieu saint, il a piqué une colère épouvantable. Nous ne l’avions jamais vu comme cela. Il a pris des cordes, en a fait un fouet, et a jeté tout le monde dehors, y compris les brebis, les bœufs et les colombes… tu aurais dû voir ça : quel désordre, quel chahut ! Tu aurais dû voir aussi la tête des prêtres et des sacrificateurs : personne n’avait jamais osé faire ça…

Daniel :
Jésus ne s’est pas fait que des amis, ce jour-là…

Jean :
Ah non, il s’est bien plutôt fait des ennemis jurés, des ennemis qui ont la mémoire longue et le bras long…

Daniel :
C’est cela la première leçon ?

Jean :
Non ! ce n’est que l’introduction ! Mais nous avons compris ce jour-là que Jésus avait un autre projet pour son peuple, un projet tout neuf, qui était en rupture avec le système religieux du temple de Jérusalem : les prières obligatoirement là, les sacrifices pour apaiser Dieu, ce n’était pas sa conception de Dieu. Il voulait purifier le temple, disait-il. La première leçon, ça a été la rencontre avec Nicodème : un pharisien, un notable juif. Il voulait comprendre mieux, comme nous d’ailleurs, quel était le projet de Jésus. Il faut naître de nouveau, il faut naître d’en haut, a dit Jésus.

Et puis nous avons quitté Jérusalem : en fait, Jésus ne quittait pas juste Jérusalem, il tournait expressément le dos à ce système religieux, pourtant hérité de nos pères, pourtant voulu par la loi de Moïse. Et la rencontre avec la Samaritaine a été la deuxième leçon.

Daniel :
Pourquoi elle ? Pourquoi une femme ?

Jean :
Je n’en sais rien… il l’a rencontré à ce puits par hasard… Pourtant elle n’avait rien d’exemplaire, cette femme ! Elle était même plutôt mal vue dans sa ville, à Sychar… Jésus était parfois si provoquant… Mais n’en parlons plus !

Daniel :
Parlons-en, au contraire! Tu as aiguisé ma curiosité…

Jean :
Après tout, tu as raison. Il n’y a rien à cacher. Ce n’était pas une prostituée… disons qu’elle s’était plutôt fait une réputation de mangeuse d’hommes. A vrai dire, ce n’était pas qu’une réputation ! Elle les usait vite… Mais je ne veux pas l’enfoncer ! plutôt faire comme Jésus, et essayer de comprendre ce qu’il y avait derrière : qu’est-ce qu’elle voulait ? qu’est-ce qu’elle cherchait ? Elle cherchait l’amour, ça oui ! mais est-ce qu’elle cherchait au bon endroit ? Elle servait à une chose à Sychar, en tout cas : elle servait de mauvais exemple ! de repoussoir ! Il était clair aux yeux de tous, même de ceux qui ne voulaient pas la juger, que sa quête ne menait nulle part.

Daniel :
Alors pourquoi il a parlé avec elle ?

Jean :
Je n’en sais rien. Peut-être qu’il a senti en elle cette soif, oui cette soif inextinguible. Elle pouvait bien se moquer de lui qui avait soif et qui n’avait rien pour puiser au puits, mais la vraie soif était en elle !

Daniel :
Peut-être qu’il a voulu aussi vous faire comprendre quelque chose à vous, les disciples !

Jean :
C’est vrai : cela nous montrait que nul n’est trop indigne ! Jamais ! Jésus a toujours eu un malin plaisir à nous sortir de nos certitudes et de nos jugements moraux ! sans relâche, il nous bousculait…

Daniel :
C’était cela, la deuxième leçon ?

Jean :
Oui, et plus encore : Avec le départ de Jérusalem, Jésus voulait nous extirper d’une certaine relation à Dieu qui est du marchandage. Avec cette rencontre au puits de Jacob, il voulait nous faire comprendre que notre appartenance à tel à tel peuple, notre orgueil généalogique, ce n’était que du secondaire aussi ! La femme parlait de ses ancêtres : père Jacob, disait-elle fièrement, qui est venu boire à ce puits, nos ancêtres qui ont adoré sur cette montagne, alors que vous les Juifs vous dites qu’il faut adorer à Jérusalem…

Daniel :
Alors là elle a mis les pieds dans le plat ! Jésus venait justement de se démarquer du temple de Jérusalem…

Jean :
Jésus lui a d’abord fait comprendre que sa généalogie, dont elle se montrait fière, n’était rien par rapport au Père : il n’a pas dit « mon » Père, ni « notre » Père : pas le sien à lui, ni le sien à elle, mais « LE » Père, celui qui est le véritable Père, et donc à tous : tous les humains !

Daniel :
Même le Père des Samaritains !

Jean :
Oui, c’est ce qu’il a dit : « Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père »

Daniel :
Mais où faut-il aller alors ??

Jean :
Nulle part ! Car « Dieu est Esprit, et c’est pourquoi ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité »…

Daniel :
En clair, cela veut dire que Dieu est partout, et que par conséquent on peut le prier partout !

Jean :
Oui, et surtout que nous n’avons pas à sacraliser un lieu ou un temps. Ce n’est pas un bâtiment qui compte, ce n’est pas un lopin de terre même si nos ancêtres y ont habité depuis toujours... En esprit et en vérité : nous sommes toujours et partout en route, avec Dieu, mais pas un Dieu que l’on possède ; un Dieu qui comme le vent est partout, comme le vent est insaisissable, comme le vent veut nous pousser en avant…

Daniel :
Il t’a poussé loin, le Dieu de Jésus, vénéré Jean ! Je suis heureux d’être ton élève. Mais il faut quand même que je te dise : je crois que tu oublies la troisième leçon !

Jean :
Je n’oublie pas ! La troisième leçon a été la rencontre suivante : avec un officien païen qui implorait l’aide de Jésus pour guérir son fils. Tu vois, Jésus nous poussait en avant gentiment, étape par étape : d’abord le Pharisien Nicodème, ensuite une femme de ce peuple de métis que sont les Samaritains, ensuite un officier païen. Le salut que Jésus annonçait et faisait partager était destiné à tous : dans tout le monde habité !

Et maintenant, cesse de me poser des questions, je suis fatigué… Puise un peu d’eau, et donne –moi à boire…

Daniel :
D’accord, vénéré Jean. Mais je ferai encore autre chose, si tu le permets : je mettrai par écrit tout ce que tu viens de me dire. Car il faut que ces paroles et ces actes extraordinaires soient connus de tous. Même après que tu ne sois plus là…

Jean :
Tu as raison encore, jeune Daniel ! je rassemblerai mes souvenirs, et avec ton aide, tout cela sera confié à l’écrit, pour être conservé à jamais…

Voilà pour la scène près du puits de Jacob, et voilà comment nous, aujourd’hui, ici, 2000 ans après, nous pouvons lire l’Evangile de Jean.

Mes amis, nous avons un grand désavantage, cependant, sur la Samaritaine, étonnée de ce qu’un Juif lui adresse la parole, sur les disciples, stupéfaits de le voir converser avec elle, sur les habitants de Sychar qui accourent pour entendre ce qu’il a à dire : c’est que ces paroles, nous les connaissons ; c’est que sa façon de considérer comme nuls et non avenus les obstacles, les frontières et les préjugés, nous la connaissons… et elle ne nous fait plus d’effet. Nos frontières et nos barrières et nos préjugés à nous, nous ne les voyons guère, trop habitués à habiter à l’intérieur de ces barrières.

Le programme de Jésus n’a pourtant rien perdu de son actualité :

Adorer le Père en esprit et en vérité, cela nous est difficile, comme c’était difficile pour ses contemporains. Nous avons trop tendance à nous accrocher à une histoire, à des bâtiments, à un objet fétiche, à des habitudes, à une généaologie ou un pedigree … Pour ceux qui veulent suivre Jésus sur le chemin de la vraie spiritualité, il ne sert à rien de se rendre à Saint-Pierre de Rome, ni à la Stadtkirche de Wittenberg, ni même à St Martin de Montbéliard ! Ce qui compte, c’est de se retrouver en communauté, peu importe le lieu, et plus le lieu sera étrange et inhabituel, mieux cela vaudra pour entrer dans le programme de Jésus ! Ce qui compte, c’est de se retrouver entre frères et sœurs du Christ et de prier et chanter Dieu ensemble, de tout notre cœur ! « En esprit et en vérité » !

L’heure vient, dit Jésus, et elle est déjà là ! Ce qui veut dire que l’invitation vaut pour tout de suite. Car malgré toutes nos soifs inextinguibles et toutes nos nostalgies, le monde dont parle Jésus où nous serons les uns avec les autres en esprit et en vérité, est déjà là ! Il le dit ! A nous de le croire, simplement, et de le faire advenir plus encore ! Chantons-le ensemble !


Annette Goll-Reutenauer



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