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Paroisse Protestante
de Montbéliard

Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédication   4 mai 2008    

sommaire
18 rue Viette
25200 Montbéliard
tel 03 81 91 03 69
pasteur@temple-saint-martin.org

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Actes 17, 16-34


Je ne sais pas si quelques-uns d'entre vous ont déjà eu l'occasion d'aller à Athènes, comme l'apôtre Paul. Nous pouvons en tout cas nous y rendre en imagination : imaginons non seulement que nous sommes à Athènes, mais que nous y sommes 2000 ans plus tôt, en même temps que Paul. Avec Paul, nous visitons la ville, l'une des plus belles et des plus prestigieuses villes de l'époque, pleine d'animation, de brouhaha et de culture. Avec Paul, nous admirons les magnifiques bâtiments, les riches maisons sculptées en pierre blanche, les théâtres et les fontaines. Avec Paul, nous rencontrons des gens au fil de nos déambulations, les Athéniens étant des gens curieux et désireux de connaître toutes les nouveautés. L'évangéliste Luc le note non sans ironie : «Tous les Athéniens et les étrangers demeurant à Athènes ne passaient leur temps qu'à dire ou à écouter des nouvelles" (v. 21) Tous de vraies commères !

Avec Paul, au fil de notre promenade, nous découvrons aussi les nombreux temples où l'on adorait une multitude de divinités, temples à colonnades sculptées et à piliers rondes, couloirs de colonnes et frontons décorés par les statues des dieux. Chaque temple avait son culte, dédié à tel dieu ou telle déesse. Ces dieux étaient à vénérer et à craindre, car un seul de leurs caprices pouvait entraîner, croyait-on, des catastrophes pour les humains. Voilà comment on se représentait souvent les dieux à l'époque : puissants certes, mais aussi jaloux de leurs privilèges, et parfois en conflit les uns avec les autres, ce qui ne pouvait avoir que des conséquences funestes pour les humains. Alors de peur d'en oublier un, de peur d'en irriter un parce qu'on n'avait pas pensé à lui, les Athéniens ont construit un autel dédié à un dieu qu'ils ne connaissaient pas - mais on ne sait jamais ! : "au dieu inconnu". Comme cela au moins, tous les dieux s'y retrouvent, et aucun ne se sent oublié !

Paul est très malin. Il utilise cette inscription : "au dieu inconnu" pour s'adresser aux Athéniens : "Il y a effectivement un dieu que vous ne connaissez pas encore, c'est exactement celui que je viens vous annoncer". Il faut dire que Paul est aussi bouleversé, irrité comme le traduit Segond, par cette ville remplie d'idoles, chacune ayant son coin de culte et exigeant qu'on l'adore. Il voudrait aider les Athéniens et les délivrer de tous ces dieux qui pèsent sur eux. C'est pourquoi il leur dit : "Dieu est le Seigneur de tout, du ciel et de la terre ; il n'a pas besoin qu'on lui crée des statues en or, en argent ou en pierre, qui le représentent. Il n'habite pas des temples construits par les êtres humains, il est bien plus grand".

Ce bâtiment non plus, chers paroissiens, dans lequel nous nous trouvons en ce moment, ne peut contenir Dieu. Nous sommes invités à venir ici pour le rencontrer, pour penser à lui et le prier. Mais il est présent aussi partout ailleurs, il nous accompagne chaque jour, et pas seulement le dimanche. Comme le dit Paul, "DIEU N'EST PAS LOIN DE CHACUN DE NOUS" (v. 27) puisqu'il est à l'origine de tout, puisqu'il "donne à tous la vie, le souffle et tout le reste" (v. 25), puisqu'"en lui nous avons la vie, le mouvement et l'être" (v. 28), chacun de nous, petit ou grand, jeune ou vieux, noir ou blanc, heureux ou triste, inquiet ou insouciant... et quelle que soit notre situation.

Paul est vraiment habile quand il s'adresse aux Athéniens : il leur parle leur langage, il se met à leur portée, il part de leur vécu. Et surtout, il use de diplomatie : il ne leur dit pas : "Quoi, toutes ces statues en pierre, plaquées or ou argent, c'est cela vos dieux ? Et en si grand nombre ? Quelle idiotie !" Non, l'apôtre Paul, même "irrité", ne commence pas son discours ainsi. Il commence tout autrement : "Hommes athéniens, je vous trouve à tous égards extrêmement religieux, je vois bien votre zèle pour vos dieux. J'ai parcouru votre ville, et j'ai admiré tous les magnifiques sanctuaires que vous avez construits pour les honorer".

Et voilà ce que nous pouvons apprendre de la façon de faire de l'apôtre Paul : quand nous souhaitons dire à quelqu'un une chose qui nous paraît vraiment importante, p. ex. témoigner de ce que nous croyons profondément. Si nous voulons être sûrs que notre message n'arrive pas au destinataire, il suffit de lui parler d'une façon tranchante, de l'humilier en nous moquant de ses convictions à lui, de le descendre en lui disant : "Tu es complètement à côté de la plaque, et d'ailleurs tu n'as rien compris ... comme d'habitude !" Voilà ce que Paul surtout ne fait pas ! Il loue les Athéniens pour leur sens de la religion, et il part de ce qu'ils connaissent, pour se mettre à leur portée : il prend comme point d'accroche pour son discours l'autel dédié au dieu inconnu.

Le point d’accroche ! Souvent, vos pasteurs se demandent quel est le point d’accroche qui permettra de sensibiliser nos contemporains au message du Christ. A la fin d’un week-end KT, je me souviens de la remarque désabusée d’un collègue à propos des jeunes que nous avions accompagnés : « autant donner à boire à un âne qui n’a pas soif ! » Oui, c’est vrai, il faut avoir soif et ressentir le besoin de boire pour pouvoir être abreuvé. Soif de Dieu…

Ce qui est certain, c’est qu’il faut trouver des mots adaptés à ceux à qui nous nous adressons… si nous voulons être les témoins du Christ ressuscité, cela exige que nous nous adaptions aux gens à qui nous parlons, exactement comme le fait Paul face aux Athéniens, de façon exemplaire ! Cela veut dire : parler aux gens un langage qu'ils peuvent comprendre, et pas un jargon ecclésiastique du siècle passé ! Je crois que nous avons encore beaucoup de chemin à faire à ce niveau-là ! Parler de Dieu avec des mots neufs, avec des expressions qui font que les gens sont surpris, interpellés.... et non pas qu'ils aient l'impression d'avoir déjà entendu cela si souvent, entendu sans l'avoir compris, ce qui fait que les paroles héritées du passé deviennent des formules vidées de leur sens, des mots enchaînés les uns aux autres, mais pas intégrés, pas vécus. Si nous voulons parler avec les gens qui nous entourent, il nous faut aller les chercher là où ils se trouvent, et utiliser les mots qu'ils utilisent. - Paul donc se promène à Athènes, et parle aux gens; il leur propose le dialogue, et les Athéniens, curieux, sont prêts à l'écouter de façon plus approfondie, ils veulent en savoir plus sur cette "divinité étrangère" que Paul cherche à leur faire connaître.

Aujourd'hui aussi, et de plus en plus peut-être, nous sommes confrontés à toutes sortes d'opinions, d'idéologies et de pensées religieuses ou parareligieuses. Nous aussi, nous devrions proposer le dialogue à tous. Si nous sommes sûrs de notre foi et de nos convictions, nous n'avons rien à craindre ! Les contacts avec ceux qui ne pensent pas comme nous peuvent nous amener à réfléchir et à approfondir notre foi, à chercher à toujours mieux la comprendre, et la vivre ! Et des débats vraiment enrichissants ne sont vraiment possibles qui si nous connaissons au moins un peu la pensée de ceux à qui nous nous adressons. L'apôtre Paul connaissait la pensée grecque de son époque, il connaissait la philosophie. C'est ce qui fait qu'il peut parler aux Athéniens et se faire comprendre. Il cite même des philosophes et des poètes de leur culture, ce qui a dû vivement les impressionner (Aratus de Cilicie, 3e s. av. JC).

Je pense que nous devrions nous efforcer de connaître mieux au moins les deux autres religions monothéistes, le judaïsme et l'islam. Alors nous pourrions mieux les comprendre, et mieux leur expliquer notre propre foi. N'oublions pas comment Paul s'y est pris : prendre un point d'accroche dans la culture, dans le langage de l'autre, pour pouvoir l'atteindre. Nous n'avons pas besoin d'avoir peur de perdre notre âme. Heureusement que Paul n'a pas craint d'affronter ceux qui ne pensaient pas comme lui, sinon jamais il n'aurait pu être ce témoin de la foi en Christ extraordinaire, sinon jamais il n'aurait pu mener tant de gens à la foi chrétienne.

"Dieu n'est pas loin de chacun de nous", voilà ce qu'il dit aux Athéniens. Puissions-nous nous rappeler toujours que chaque être humain est créé à l'image de Dieu, "en qui nous avons la vie, le mouvement et l'être". Et puissions-nous nous rappeler aussi qu'il s'est approché tout près, tout près de nous en Christ. C'est ce privilège dont nous sommes appelés à être les témoins auprès d'autres.


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