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Paroisse Protestante
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Vie spirituelle Prédications  11 mai 2008    

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Pentecôte
11 mai 2008

Chers amis,

« que seraient les fourmis sans les cigales ? » Cette phrase entendue cette semaine à la radio m’a paru une approche pertinente de l’événement de Pentecôte. La fourmis symbolise l’organisation, l’ordre, le travail, la discipline, l’endurance, la prévoyance. La cigale a comme caractéristiques tout l’inverse : elle vit dans l’instant, dans l’improvisation et la fantaisie, elle cherche à échapper à tout système, tout embrigadement. Le bon Jean de la Fontaine a immortalisé cette opposition. Cette typologie est parlante, mais bien sûr caricaturale : il va de soi dans cette métaphore animale, que nous ne sommes généralement, nous les humains, ni tout à fait fourmis, ni tout à fait cigale. Peut-être plutôt l’un, ou plutôt l’autre, c’est affaire de tempérament et d’éducation. Mais toujours un peu au milieu.

Que dissimule cette phrase qui a retenu mon attention : « que seraient les fourmis sans les cigales ? »

Elle recèle 2 idées : d’abord elle signifie que la fourmis est mieux considérée que la cigale ! En effet, la fourmis chez La Fontaine comme dans notre monde actuel a le vent en poupe : C’est le comportement de la fourmis qui est socialement reconnu et valorisé. Etre prévoyant, industrieux, organisé… Produire, accumuler des richesses, organiser la vie… Faire face aux imprévus, prévoir les réserves pour l’hiver… Et tout cela est nécessaire à la vie des humains, en famille comme en société. Les cigales au contraire sont un peu inquiétantes, même si à petites doses on les trouve amusantes. Et c’est là la deuxième idée : C’est qu’un monde uniquement composé de fourmis serait ennuyeux et mortifère. Les fourmis ont besoin des cigales aussi ! Elles en ont besoin pour injecter une dose d’imprévu, de fantaisie, d’aération mentale…

Quel rapport entre les cigales et l’événement de Pentecôte ??

Voyez plutôt :

Les disciples ont quitté Jérusalem après la mort de Jésus : découragés, anéantis. Tout s’était déroulé différemment de leurs prévisions. La source de leurs espoirs, cet homme exceptionnel qu’ils avaient suivi en plaçant en lui leur foi, était mort. A vues humaines, c’était fini. Ils étaient même en danger s’ils restaient à Jérusalem. Par petits groupes, discrètement, ils sont partis. Mouvement centrifuge.

Et voici que leur parvient cette nouvelle étrange : Jésus vit nouveau ! Etrange nouvelle, en vérité. Moitié pour se convaincre que cela ne pouvait être, moitié animés à nouveau par un fol espoir, les amis de Jésus se sont retrouvés dans une maison de Jérusalem. Mouvement centripète. C’est là que commence l’histoire de Pentecôte.

Ils sont assis, tous ensemble, dans une maison. Comme nous ici. Un violent coup de vent, des langues de feu, des personnes qui commencent à parler toutes en même temps, dans le plus grand désordre visiblement, puisque des passants se moquent en les croyant ivres… Et ils étaient tous « l’étonnement et la surprise » (dit deux fois dans le texte ! v. 7 et 12) C’est bien dans l’univers de la cigale que nous entrons, et je crois bien que c’est cela qui nous inquiète à propos de l’action de l’Esprit Saint ! Car cet événement est pour nous, dans notre monde, un événement plus inquiétant que rassurant.

Les disciples, galiléens, càd incultes et ignares selon les critères de l’époque, parlent toutes les langues étrangères, si bien que les parthes, les crétois et les arables en sont tout surpris. Ce miracle des langues, je le crains, ne se produit que difficilement pour nous : nous ne connaissons pas/ plus ? cette langue étrangère que nous parle Pentecôte. Comprenons-nous ce récit, ou ne nous parle-t-il pas ? L’action spectaculaire et bruyante de l’Esprit Saint ne nous est-elle pas complètement étrangère, surtout à nous sages protestants, portés certes par des convictions sincères et profondes, mais habitués à les garder pour nous ou à les exprimer de manière feutrée et discrète, sans coup d’éclat.

Mais peut-être l’incompatibilité entre le récit de Pentecôte et notre manière à nous de nous exprimer et de vivre notre foi n’est-elle qu’apparente. Peut-être n’est-ce qu’un aspect du message de Pentecôte. Peut-être fallait-il au contraire ce coup d’éclat de l’Esprit Saint dans cette situation là, celle des disciples au 1er siècle à Jérusalem : il fallait les décoincer, les sortir de la maison et de leurs angoisses. Parler les langues de tous les étrangers présents à Jérusalem était comme une façon de dire : allez-y ! sortez ! allez à leur rencontre ! parlez ! n’ayez plus peur ! et ce mouvement impétueux de l’Esprit Saint inaugure une nouvelle étape et un nouvement mouvement, à nouveau centrifuge celui-là. Il permet aux disciples de se mettre au travail, et de mettre en pratique cet ordre du Christ ressuscité : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mat 28, 19-20) Oui, à certains moments de notre existence, nous avons besoin d’un vent tumultueux, je dirais avec une image plus moderne : nous avons besoin d’un électro-choc pour nous tirer de notre torpeur, de notre timidité ou de notre routine : pour tourner une page de notre vie et nous rendre disponible pour la prochaine étape. Pour couper le cordon ombilical avec le passé, nous extirper de la nostalgie, et ouvrir nos yeux sur une nouvelle réalité qui nous tend les bras.

J’aimerais donner encore un autre éclairage sur Pentecôte : on a coutume de dire que Pentecôte est l’anti-Babel. Le projet de la tour de Babel, vous vous en souvenez, c’est le projet pour les humains de « se faire un nom », en construisant un gratte-ciel. Symboliquement en disant comme Iouri Gagarine, cosmonaute soviétique : J’ai été au ciel, et il n’y a pas de Dieu là-bas.

Nous sommes toujours dans cette course au plus haut gratte-ciel ! La tour reste aux yeux de beaucoup de multinationales le symbole de leur puissance, étant à la fois siège social, enseigne, marque. C’est à la fin du 19ème siècle que les constructions ont pris vraiment de la hauteur, en raison de la maîtrise de la technique constructive des ossatures metalliques, de la mise au point de l’ascenseur et du téléphone, et de la richesse de certaines firmes qui s’offrent un bâtiment emblématique (Monde Diplo, Mars 2008, p. 28). Ainsi au Marché international des professionnels de l’immobilier (Mipim) à Cannes en 2007, les visiteurs pouvaient admirer les maquettes des futurs gratte-ciels de Moscou (448 m), de New York (tour de la Liberté, 541m), de Dubaï (près de 800m). Des Japonais travaillent paraît-il sur le projet d’une tour de 4km de haut… On pourrait proposer cette formule : la tour représente le tout à l’ego !

Et le débat est lancé parmi les urbanistes, certains farouchement opposés à la tour : car elle est coûteuse, elle ne possède aucun espace public, la vie est centrée sur l’ascenseur, elle est isolée de la ville « réelle », elle fait de l’ombre au quartier où elle se dresse. Elle est l’univers de l’air conditionné et de la lumière artificielle. De plus sa construction est énergivore, et son entretien plus encore.

Face à ce mouvement ascendant, emblématique de Babel, comment ne pas penser au mouvement descendant, fondement du christianisme : Dieu s’incarne, Dieu vient à nous, mouvement descendant de Noël, confirmé à Pentecôte : du ciel vient un bruit comme celui d’un vent impétueux, comme un mouvement qui cherche à barrer la route vers le haut, l’illusion de l’élévation pour « être comme Dieu » ; pour nous envoyer au contraire, dans un mouvement horizontal, les uns vers les autres, les uns avec les autres…

Se laisser entraîner dans ce mouvement de l’Esprit Saint qui nous pousse vers notre prochain, quelle que soit son origine, c’est faire une expérience inoubliable. C’est s’apercevoir que toutes les frontières sont dynamitées, comme le prophète Joël l’avait annoncé : les fils et les filles sont unis dans ce mouvement, les jeunes et les vieillards pareillement. Plus de barrière de genre ou d’âge, plus de barrière sociale, puisque les « servantes et les serviteurs » aussi reçoivent l’Esprit de Dieu…

Utopique ? Oui, pour nous !

Ce qui est accompli là, c’est plus que ce que l’être humain peut accomplir par lui-même. C’est plus que le possible. C’est à cela que l’on reconnaît l’Esprit de Dieu : il permet aux hommes de faire plus que le possible.

Je voudrais pour finir adresser quelques mots à Annette, baptisée aujourd’hui !

Annette, je ne sais pas si tu te considères plutôt comme une fourmis ou plutôt comme une cigale ! Je plaisante ! ou plutôt je crois savoir que tu as des talents dans les deux catégories ! et que tu es donc absolument comme nous tous, un savant mélange des deux. Je suis très heureuse que tu aies demandé le baptême, avec tes convictions à toi, ton envie d’entrer dans cette communauté qui j’en suis sûre, saura te faire de la place : ta place.

Quelquefois nous nous construisons des tours, pour nous faire un abri, pour nous faire un nom (Genèse 11, la tour de Babel), et ces châteaux en Espagne finissent par nous ligoter. Or nous n’avons pas besoin de nous faire un nom, car au jour de notre baptême, Dieu nous appelle par notre nom, et ce nom ne sombrera jamais dans l’oubli, car il est gravé dans la mémoire de Dieu. Aujourd’hui il te dit : « Annette Banzet, je te connais, je t’appelle par ton nom, tu es à moi, ne crains pas » (Esaïe 43, 1) Ne crains pas en particulier au jour où la construction que tu avais entreprise prend une lézarde. Car dans toute construction humaine il y a une lézarde. Ce qui est étonnant, c’est que la lézarde recèle une promesse : Dans tous les murs, il y a une lézarde ; dans toute lézarde, très vite, il y a un peu de terre ; dans cette terre, la promesse d’un germe fragile ; il y a l’espoir d’une fleur et, dans cette fleur, la certitude ensoleillée d’un pétale de bonheur.

Oui, le bonheur est en germe même dans les murs les plus hostiles. Le bonheur peut naître d’une fissure, d’une rupture, d’un abandon. Il peut naître aussi d’une ouverture, d’un mouvement ou d’un élan de tendresse. Le bonheur a de multiples visages. Sache le aujourd’hui, jour de ton baptême.



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