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Paroisse Protestante
de Montbéliard

Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédications   25 mai  2008    

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Eau du baptême, eau du salut

Esaïe 55, 1-3 + 9-11


Il suffit d'ouvrir le robinet, et l'eau coule. Grâce à un système d'approvisionnement qui fonctionne très bien, l'eau courante - et cette eau est même de l'eau potable ! - arrive directement dans nos logements, dans les cuisines et dans les salles de bain. Pas besoin d'aller puiser dans des puits, des fontaines ou des citernes... Il n'en pas de même dans bien des pays de cette planète, la planète qu'on appelle bleue pourtant à cause de la masse de ses eaux !, où l'eau ne vient pas à l'être humain, mais c'est l'être humain qui doit aller à l'eau. Se procurer de l'eau est alors l'un des problèmes permanents pour ces vies toujours menacées.

Les Israélites avaient vécu douloureusement aussi le problème de l'approvisionnement en eau lors de leur longue traversée du désert du Sinaï : Plus d'une fois ils eurent soif et se prirent à murmurer contre Moïse et contre Dieu (Ex 15,24; 16,2 ...). Moïse fait sortir de l'eau d'un rocher (Exode 17,5s; Nombres 20,7-11), change de l'eau saumâtre en eau potable (Exode 15,25) ou essaie d'acheter de l'eau auprès des peuples dont ils traversent le territoire (Nombres 20,19), ce qui n'est pas toujours accepté.

Au Proche-Orient, dans cette région si convoitée et troublée encore aujourd’hui, l’eau est plus que jamais un enjeu capital. Si les kibboutzim du début de l’état d’Israël se sont enorgueillis d’avoir fait refleurir le désert grâce à leur agriculture de grande envergure, il a fallu constater que ces projets sont très voraces en eau d’irrigation. Et donc pas forcément adapté à l’environnement et le climat de ces contrées. La guerre du Golan est avant tout, nous le savons, une guerre de l’eau, chacun cherchant à rester maître de la source du Jourdain.

Bien sûr, l'eau est un enjeu essentiel bien ailleurs qu’au Proche-Orient. Je crains quelquefois que le problème de l’eau ne soit notre problème n°1 à brève échéance. L’eau est toujours le bien le plus essentiel à la vie, après l'air que nous respirons. Nous ne pourrions vivre sans eau plus de quelques jours. Il y a plus encore, toute vie sur cette terre est issue de l'eau, car c'est là que les premières cellules se seraient développées. La Genèse aussi parle de l'eau comme d'un donné de base ! Quant au corps humain, il est formé d'eau pour deux tiers; aux trois-quarts chez les bébés ! et nos larmes seraient un reste de notre antique condition aquatique !

L'eau est donc un bien précieux. Elle peut, raison de ce caractère précieux, prendre un sens métaphorique. Elle sert à parler ici de la Parole de Dieu, de l'enseignement de la Bible : "Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, l'Eternel, Où j'enverrai la famine dans le pays; non pas la disette du pain et la soif de l'eau, mais la faim et la soif d'entendre les paroles de l'Eternel", nous est-il dit par le prophète Amos 8,11.

Et en effet, il est courant dans la littérature rabbinique de comparer la parole de Dieu avec l'eau. Un midrasch (paraphrase du texte biblique, pour mieux l'expliquer) dit : "Les paroles de la Tora sont comparées avec l'eau :

* Comme l'eau donne la vie au monde, ainsi les paroles de la Tora donnent la vie au monde (Proverbes 4,22)

* Comme l'eau rend l'impur pur, ainsi les paroles de la Tora enlèvent à l'être humain son impureté (Psaume 19,10)

* Comme l'eau désaltère l'âme d'un être humain, ainsi les mots de la Tora ressourcent l'âme de l'être humain et le conduisent du mauvais chemin sur le bon (Psaume 19,8).

* Comme l'eau (en général) ne coûte rien, ainsi les paroles de la Tora sont gratuites elles aussi (Esaïe 55,1)".

Le prophète s'adresse donc à tous ceux qui ont soif, et je crois que nous en faisons tous partie, n'est-ce pas ? Soif de bonheur, soif d'amour, soif de mots gentils, d'une attention, d'un sourire de reconnaissance... Soif d'une vie harmonieuse, soif d'un monde plus juste, soif de paix, soif d'une vie qui vaille la peine d'être vécue...

Le prophète nous interpelle : "Allons ! Debout, vous tous qui avez soif, venez vers l'eau !" Il s'agit de ne pas se résigner à ce que nous ne pouvons accepter. Il s'agit de se mettre en route, et d'aller chercher ce qu'il nous faut là où cela se trouve, ce peut être une personne qui peut nous aider, ce peuvent être des objets qui nous rendront la vie plus facile, ce peut être une retraite pour prier une demi-journée, ce peuvent être mille choses : Allons, debout ! Venez, achetez et mangez, venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer !" (v. 1)

Car attention ! Il nous est demandé de faire preuve d'un minimum de discernement : il s'agit de discerner ce qui va réellement nous nourrir. Car "pourquoi dépenser de l'argent pour ce qui ne nourrit pas ? Pourquoi travailler pour ce qui ne rassasie pas ?" Autant perdre son temps et son énergie pour acquérir quelque chose qui n'est pas durable, qui n'a pas de valeur véritable. Ainsi il est possible et même courant de dépenser son argent pour ce qui ne vaut rien, pour ce qui est creux malgré peut-être une belle apparence...

"L'argent en soi n'a pas de valeur. C'est quelque chose de bon pour celui qui sait l'utiliser. On peut tout avoir avec de l'argent, dit-on parfois. Non, on ne peut pas. On peut s'acheter de la nourriture, mais pas l'appétit. On peut acheter des médicaments, mais pas la santé; des oreillers moelleux, mais pas le sommeil; de l'érudition, mais pas d'à-propos; de l'éclat, mais pas de bien-être; de la distraction, mais pas de joie; des connaissances, mais pas des amis; des serviteurs, mais pas de fidélité; des jours plaisants, mais pas de paix. On peut acheter l'enveloppe de toutes ces choses, mais le noyau ne peut l'être" (un auteur norvégien, Arne Garborg, 1851-1924).

Alors, si on a bien compris cela, il n'y a qu'une chose à faire : tendre l'oreille quand le prophète nous exhorte aujourd'hui - et par le prophète, c'est l'Eternel qui nous parle : "Ecoutez-moi donc, et vous mangerez ce qui est bon, et votre âme se délectera de mets succulents. Prêtez l'oreille, et venez à moi, Ecoutez, et votre âme vivra" (v. 2b-3a)

Car non seulement notre faim et notre soif doivent être apaisés, la faim et la soif matérielles autant que spirituelles, pour que notre vie ici-bas soit heureuse, car c'est pour le bonheur que nous avons été créés ! Mais de plus, le Tout-Puissant veut traiter avec nous une alliance éternelle : "Je traiterai avec vous une alliance éternelle, pour rendre durables mes faveurs envers David" (v.3b). Dieu dit son dernier mot : il nous accepte comme siens une fois pour toutes. Et cette alliance nous est offerte à tout moment.

Aujourd’hui ce pacte que Dieu propose a été offert à Lily. Le baptême est la porte d’entrée dans cette alliance entre Dieu et chacun. Dieu n’a pas besoin de ce signe, car son amour est offert à tous en tout temps. Mais c’est pour nous ! le baptême matérialise en quelque sorte une porte d’entrée dans une vie nouvelle, une vie où nous nous savons au bénéfice de la générosité de Dieu. On peut très bien vivre de la générosité de Dieu sans le savoir. Mais savoir que l’on est au bénéfice de la générosité de Dieu change tout ! Cela change notre regard sur les autres – le jugement arrogant n’est plus possible – et puis cela change notre regard sur nous-mêmes : en tant qu’enfants de Dieu, nous sommes à notre juste place, ni à nous complaire dans l’autodénigrement ni dans l’égocentrisme. Savoir que Dieu nous aime, quelles que soient les circonstances de notre vie, et plus fort encore quand ça va mal, c’est cela qu’il vous faudra dire à Lily.

Chère assemblée, j’aimerais terminer ces réflexions avec la légende de l’homme « moderne » : un récit qui cherche à nous montrer que l’homme « moderne » cherche trop souvent midi à 14 heures, ou, pour rester dans la métaphore de l’eau, cherche à se désaltérer à ce qui ne déssoiffe pas, alors que la source coule, là, tout près, à portée de main. Cette petite parabole d’un auteur anonyme parle d’elle-même !

Un homme « moderne » se perd dans le désert. La chaleur impitoyable du soleil le dessèche. Alors qu’il se croit perdu, il voit au loin une oasis. Ah, se dit-il, une illusion d’optique, un mirage qui me nargue. Car en réalité, il n’y a rien.

Il s’approche de l’oasis, mais elle ne disparaît pas. Il voit toujours plus distinctement les palmiers où pendent les dattes, l’herbe verte et surtout la source. Me voilà en proie à une hallucination que mon cerveau à moitié fou me fait voir, voilà ce qu’il se dit. Il est clair que mon imagination me joue des tours, c’est classique dans mon état. Maintenant j’entends même le clapotis de l’eau, tous mes sens divaguent. Comme la nature est cruelle !

Peu de temps après, deux bédouins le trouvent couché par terre, mort.

- Est-ce que tu peux comprendre une chose pareille ? Dit l’un à l’autre. Il n’avait qu’à ouvrir la bouche et les dattes lui tombaient dedans. A deux pas de la source, le voilà mort de soif et de faim. Comment est-ce possible ?!

Et l’autre répond :

- C’était un homme moderne …

Frères et sœurs, tâchons de ne pas être « modernes » au sens où l’entendaient les bédouins ! Puisque Dieu a placé en nous cette soif d’autre chose, d’indéfinissable ; puisque la soif est en nous, puisqu’en nous il y a le manque qui nous pousse vers Dieu, confusément, à nous de saisir dans la Parole de Dieu l'eau gratuite, les mets succulents qui placent nos pieds sur un chemin toujours nouveau !


Annette Goll-Reutenauer



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