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Vie spirituelle Prédications   21 septembre 2008    

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21 septembre 2008, Saint-Martin

Matthieu 20,1-16


Dieu ne sait pas calculer!

Vous êtes étonné ? On n’a pas le droit de dire cela ? Mais n’est-ce pas juste, ce que je dis ? Regardez dans la bible :

Le premier n’est pas le premier devant Dieu mais le dernier, le plus grand est un enfant, ceux qui quittent tout auront cent fois plus que d’autres gens, les uns travaillent pendant toute une journée tandis que d’autres viennent travailler deux heures pour recevoir le même salaire et celui qui respecte toutes les règles aura comme réponse : « cela ne suffit pas. »

Ce n’est pas logique et pas plus raisonnable.

Et pourtant Dieu nous a donné la raison, la capacité de penser logiquement. Dieu, le créateur du ciel et de la terre nous fait découvrir le monde par le moyen du calcul logique. Le temps et la matière, l’espace et les relations tout est calculable et définissable. Il n’existe presque plus rien qui n’est pas exprimable en chiffres, en nombres et en quantité.

Même la soi-disant loi naturelle est devenue une formule mathématique parmi d’autres.

Le calcul régit le monde. Non seulement l’économie de marché mais aussi les règles sociales se basent sur le calcul mathématique. Pensons à la loi pénale par exemple : Un tel cas demande une telle punition. Œil pour œil, dent pour dent. Toute la justice fonctionne selon le même principe. Et la balance le symbolise d’une manière impressionnante. Le poids d’un côté demande forcement un contrepoids de l’autre côté.

Pour le dire positivement : Nous sommes étalonnés à l’égalité. Selon cette mesure nous comparons, nous jugeons et nous définissons tout.

Nous-mêmes y compris.

C’est bien et tout à fait normal. Dieu nous a donné la raison et il veut que nous l’utilisions pour le bien être de tout le monde. La politique en a besoin, ainsi que la vie de chacun en relation avec son entourage. Mais ce bon sens a ses limites.

Le bon sens humain, c'est-à-dire, la logique calculatrice des hommes n’est pas plus qu’un outil à la recherche d’un compromis, d’un dénominateur commun et d’un critère raisonnable pour une majorité. Même si la science voulait bien nous faire croire que les choses mesurables, calculables et dénombrables exprimaient la vérité absolue, nous savons tous que tout calcul dépend des inconnues.

Mais forcement nous nous sommes habitués à cette démarche. Nous comparons et calculons à tout niveau de notre être. Nous comparons nos apparences, nos biens et notre culture. Nous évaluons notre productivité à l’aide des grilles et des conventions collectives. Nous estimons notre valeur par rapport aux autres et nous faisons la distinction entre bon et mauvais.

Vite-fait nous portons un jugement sur d’autres gens et sur nous-mêmes et nous savons exactement ce que l’un mérite et ce que l’autre nous doit.

Sans faire exprès nous oublions petit à petit le fait que tout jugement humain est faillible. Bien que Saint-Jérôme nous enseigne la locution : « ERRARE HUMANUM EST – l’erreur est humaine », nous jugeons souvent les autres avant de regretter notre propre faute.

Et en situation de difficulté ou de détresse, en dépression ou fatigue nous nous disputons avec le destin. « Ne mériterai-je pas plus que d’autres ? Ne suis-je pas meilleur que d’autres gens, plus gentil, plus fidèle, plus honnête, plus respectueux, plus correct, plus patient ? Pourquoi est-ce que les autres ont de la chance et pas moi ? » En ce moment où le calcul n’aboutit plus, nous remarquons que la mathématique est un ouvrage décousu. Une seule chose reste bien calculable : la mort. Elle est le résultat final de la vie.

Tant mieux si Dieu calcule autrement.

Jésus nous apprend comment cela se fait par une parabole.

Le matin le propriétaire embauche quelques ouvriers. Les conditions de travail sont claires et ils ont donné l’accord pour leur salaire. Trois heures plus tard il demande à d’autres gens de venir aider. Et il s’engage de leur donner un juste salaire. Il fait de même encore trois heures et six heures plus tard. L’auditeur ne sait pas si le propriétaire a tellement de boulot et nous ne savons pas non plus comment ils travaillent - ceux qui sont déjà là. Peu importe. A la fin de l’après midi il embauche encore quelques ouvriers. Et comme il est un bon employeur il les paie tout de suite après le travail. Mais quelle surprise : ils touchent tous le même salaire : une pièce d’argent - suffisamment pour vivre.

Le calcul de Dieu se fait autrement.

Car le Royaume des cieux ressemble au propriétaire d’une vigne.

Première chose : Le propriétaire sort plusieurs fois pour chercher des ouvriers.

La porte reste ouverte. Dieu ouvre sa vigne à plusieurs reprises. Et ce n’est pas seulement une pancarte qui indique l'événement: Le patron vient et il invite. Il prend même ceux qui ont été ignorés par le monde pendant toute la journée. Peu importe pour quelle raison.

Un détail que je trouve intéressant : Il invite au travail. Il ne distribue pas des aumônes aux personnes nécessiteuses. Mais il les embauche de manière à respecter leur dignité.

Pour nous le mot travail a une connotation particulière. Tout de suite nous pensons à la rémunération, au SMIC, aux accords salariaux et au remerciement. Comme si c’était notre seul désir.

Mais Dieu calcule autrement.

Car le Royaume des cieux ressemble au propriétaire d’une vigne.

Les premiers ouvriers de la parabole connaissaient la paye. Les autres ont eu la promesse d’un appointement juste. Ils lui ont fait confiance et leur confiance n’a pas été trahie tandis que les premiers engagés étaient étonnés.

Nous comprenons bien les premiers. Ils calculent comme nous. Pourquoi est-ce que la réaction du propriétaire les dérange tellement ? Parce qu’ils avaient attendu en cachette ce que leur sens de la justice leur dit. Ils ont une définition de justice qui compte sur l’œuvre au lieu de la grâce.

Et même si le Protestantisme a abandonné cette idée théorique il y a cinq siècles elle nous rattrape tous les jours. Nous nous vantons soit de notre fidélité, soit de la cotisation, soit de l’engagement social, soit de l’assiduité au culte soit de la prière quotidienne soit de notre humilité.

Mais Dieu calcule autrement.

Car le Royaume des cieux ressemble au propriétaire d’une vigne.

Et ce propriétaire exerce une justice de la générosité et de la gratuité. Les derniers engagés ont reçu leur salaire en premier. Et de plus : le même montant que tous les autres.

Dans le royaume des cieux, ni la qualité du travail, ni la durée, ni la productivité, ni la motivation, ni le sexe, ni la nationalité, ni l’âge, ni le milieu social, ni la raison de l’absence pendant toute la journée ne compte. Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers.

Le monde aurait trouvé juste qu’ils reçoivent le sixième du salaire. Tant pis pour les conséquences. Notre monde accepte facilement que certaines personnes dans notre société soient obligées de se débrouiller avec un sixième de salaire, de dignité, de respect, d’argent, de pardon et de nourriture. Notre calcul fonctionne comme ça.

Mais Dieu, calcule autrement.

Car le Royaume des cieux ressemble au propriétaire d’une vigne. Et ce propriétaire est différent du monde.

La justice du Royaume des cieux ne calcule pas. Elle invite, elle donne, gratuitement, la paix, l’amour et le pardon.

Même s’il le fait autrement, Dieu sait calculer - mais d’une manière divine. Et son résultat final est la vie. Quelle chance pour nous !

Amen.

Johannes Hartmann

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