logo Epudf

Paroisse Protestante
de Montbéliard

Temple Saint Martin

rose de Luther
Vie spirituelle Prédications   5 10 2008    

sommaire

 Pour imprimer imprimer

Prédication 5 octobre 2008, Saint-Martin

Esaïe 5,1-7

Dieu tout-puissant, qui bénis l’œuvre de nos mains et nous permets de récolter les fruits de ton amour, donne-nous d'en user avec générosité pour le service des hommes nos frères, et pour la gloire de ton nom, par Jésus-Christ, ton Fils, notre Seigneur, qui vit et qui règne avec toi, Père, et le Saint-Esprit, un seul Dieu pour les siècles des siècles.

Chère Paroisse de Montbéliard,

Le week-end dernier un groupe de la paroisse a traversé la belle vallée du Rhin. D’un côté les Vosges, de l’autre la Forêt Noire et au milieu la plaine du Rhin avec son sol fertile et une chaleur constante.

Il est impressionnant comment les vignerons profitent du terrain. Fait avec beaucoup d’art et d’habileté ils ont planté leur vigne sur les côtés ensoleillés. Dressé comme un collier de perles les plantes s’exposent au soleil. C’est merveilleux pour l’œil et admirable pour le sens esthétique. Les formes et les couleurs…

Quand on s’approche on repère des plantes de tous les âges, des vieilles et des jeunes, des vignes noueuses, des pousses fortes et des tiges faibles. La plupart des plantes ont été taillées minutieusement. Et même le sol est propre.

Aux endroits où la pente était trop raide on a empilé des murettes. Quelquefois on trouve même des terrasses artificielles.

Et en s’approchant encore un petit peu nous voyons des fruits, les grappes de raisin - rouge, bleu et vert. Aujourd’hui ils sont mûrs. Prêt pour les vendanges. En fermant les yeux nous voyons, sentons, nous imaginons les fruits de la vigne, sucrés et délicieux.

C’est un plaisir, de voir une vigne. Le vignoble c’est quelque chose de chère et de noble. Ce n’est pas pour rien que les vignobles et leurs produits font partie de la fierté d’un pays.

Je vous invite à garder l’image de la vigne pour quelques instants. Et en regardant la vigne nous entendons des mots, des paroles très anciennes, un poème d’Esaïe :

5:1 Je chanterai à mon bien-aimé Le cantique de mon bien-aimé sur sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne, Sur un coteau fertile.

2 Il en remua le sol, ôta les pierres, et y mit un plant délicieux; Il bâtit une tour au milieu d'elle, Et il y creusa aussi une cuve. Puis il espéra qu'elle produirait de bons raisins, Mais elle en a produit de mauvais.

3 Maintenant donc, habitants de Jérusalem et hommes de Juda, Soyez juges entre moi et ma vigne!

4 Qu'y avait-il encore à faire à ma vigne, Que je n'aie pas fait pour elle? Pourquoi, quand j'ai espéré qu'elle produirait de bons raisins, En a-t-elle produit de mauvais ?

5 Je vous dirai maintenant Ce que je vais faire à ma vigne. J'en arracherai la haie, pour qu'elle soit broutée; J'en abattrai la clôture, pour qu'elle soit foulée aux pieds.

6 Je la réduirai en ruine; elle ne sera plus taillée, ni cultivée; Les ronces et les épines y croîtront; Et je donnerai mes ordres aux nuées, Afin qu'elles ne laissent plus tomber la pluie sur elle.

7 La vigne de l'Éternel des armées, c'est la maison d'Israël, Et les hommes de Juda, c'est le plant qu'il chérissait. Il avait espéré de la droiture, et voici du sang versé! De la justice, et voici des cris de détresse!

Cela dérange, c’est choquant, ce texte ne va pas avec l’image romantique que nous avons gardé de la vigne. Il détruit la beauté et la noblesse.

Mais restons encore pour quelques instants près de notre vigne. Car il veut nous dire quelque chose, ce texte. La parole transmise par Esaïe gène notre imagination. Mais son texte nous guide du paradis vers la réalité. Et il porte un sens profond en s’adressant à trois destinataires : au peuple d’Israël, à l’Eglise chrétienne et à nous.

Pour les oreilles hébraïques le texte avait l’air d’une chanson d’amour. La métaphore « le vignoble » avait toujours la connotation « le/la bien-aimé » á l’époque de l’ancien testament. Ecoutons le texte comme un hébreu.

Mon bien-aimé avait une vigne, Sur un coteau fertile.

2 Il en remua le sol, ôta les pierres, et y mit un plant délicieux; Il bâtit une tour au milieu d'elle, Et il y creusa aussi une cuve.

Mais ce qui commence comme une chanson d’amour devient vite une accusation.

Puis il espéra qu'elle produirait de bons raisins, Mais elle en a produit de mauvais.

C’était peine perdue ? En vain le travail et l’amour ?

Le sol a été bien travaillé et fertile. Des pierres ont été enlevées à la main. Il n’y avait pas une simple cabane mais une tour et une cuve maçonnée. Et la vigne avait été choisie et plantée avec considération.

Où est l’erreur ? Pourquoi devrait-il foirer ? Tout était prévu pour de bons résultats. Des fruits sucrés et du vin formidable.

Loin s’en faut ! Que du truc âcre ! Est-ce qu’on doit accuser le mauvais temps ou chercher le défaut chez les déprédateurs ?

Le texte ne parle pas de cela. Tout était impeccable - des conditions idéales. Et malgré tout une récolte misérable.

Le vigneron en avait marre de la vigne. Il jetait l’éponge et il abandonnait le vignoble pour qu’il devienne sauvage. C’était peine perdue.

Tout à la fin on apprend qui l’est, l’ami dont parle la chanson. Ce n’est pas un vigneron ordinaire.

« Et je donnerai mes ordres aux nuées, Afin qu'elles ne laissent plus tomber la pluie sur elle. » dit-il.

Il s’agit donc de celui qui a le pouvoir sur le temps. Le vigneron, c’est Dieu, le Seigneur, le créateur, tout-puissant.

Et le vignoble, c’est Israël, comme le dit le dernier verset.

Mais quel était le message d’Esaïe à l’adresse du peuple d’Israël ? Peut être le suivant :

« Israël, Dieu t’a choisi. Il t’a donné beaucoup d’amour. Il a pris de la peine et avec un grand investissement il t’a préparé un terrain fertile, des champs et des villes – une bonne base de vie pour tous. Même plus que ça : Le Seigneur t’a protégé. Tu es son peuple préféré. L’Eternel t’a promis d’être avec toi éternellement. Sa promesse est sûre. Mais apparemment, cher peuple sélectionné, tu t’en fiches. Vous foulez les commandements divins aux pieds. L’injustice règne partout et le tort crie vers le ciel. »

Il est possible que le prophète ait voulu dire cela. A l’époque le pays était sectorisé en deux parties, le royaume du nord et le royaume du sud. Les deux étaient menacés constamment par des superpuissances. En 722 le royaume du nord a été conquis. Cette expérience d’impuissance et du déclin social est toujours très remarquable pour celui qui lit le livre du Esaïe. Le prophète cite des arguments pour la faillite : La justice et le droit ont été foulé aux pieds. C’est pourquoi il pouvait dire :

« Dieu, le grand vigneron, avait voulu que tu portes des bons fruits qui s’appellent « la justice » et « le droit ». Mais maintenant nous ne vivons que des cris de détresse et du sang versé.

Approchons-nous de la chanson de Esaïe : Pourrait-il être adressé aussi à notre Eglise chrétienne ?

L’Eglise a maintenant presque deux mille ans. Une histoire pleine de choses admirables. L’Evangile de Christ s’est répandu partout sur le monde. Dieu a accompagné son Eglise. Il lui a donné des moments gais, plein de joie. A plusieurs reprises l’Eglise a pu surmonter des difficultés, des persécutions et des attaques.

Et même nous, les protestants de France, la paroisse de Montbéliard, nous pouvons regarder en arrière avec de l’admiration et de la gratitude. Nous existons. Nous avons le droit d’exister, protégés par la constitution ; nous possédons un temple magnifique et un presbytère qui nous rend service. Et avant tout nous sommes bénis avec des gens qui sont capables et doués pour faire beaucoup de choses.

De ce point de vue, nous, l’Eglise - et la paroisse de Montbéliard en particulier – nous sommes aussi un vignoble préparé minutieusement. Nous aussi nous ressemblons à un terrain fertile, bien préparé avec de bonnes plantes.

Et le message pour nous, c’est quoi ?

« Le vignoble, c’est toi, Paroisse de Montbéliard. »

Portons-nous de bons fruits ? Sommes-nous des gardiens de la justice ? Pratiquons-nous une vie paroissiale pleine de joie, de fraternité et d’amour ? Sommes-nous des indicateurs et des panneaux rayonnants de la bonne nouvelle de Dieu ?

Nous ne sommes pas une association parmi d’autres ! Nous avons quelque chose à dire. Un message bien concret. Notre sujet, c’est la vie et la mort et non pas la balle et le but. Celui qui se sent chez lui dans la foi, a un chez soi que ne peut donner ni l’association sportive, ni l’association culturelle.

Est-ce que cela est visible chez nous ? Est-ce qu’on peut trouver son chez soi, chez nous ? Sommes-nous ouverts vers le monde, accueillants et actifs de façon exemplaire. Transmettons-nous un modèle d’engagement social et d’entraide ? Quelles sont nos propositions et nos opinions éthiques ?

Chers frères et sœurs dans la foi,

Je n’ai pas envie de transmettre une image de Dieu qui soit menaçante. Dieu n’est pas un vigneron furieux.

Mais je pense que nous pouvons tous comprendre qu’une vigne qui ne porte pas de fruits, sera abandonnée et détruite.

Dieu, le Seigneur, aurait raison, de faire pareillement avec nous – hélas.

Mais il n’agit pas de même. C’est ça la bonne nouvelle d’aujourd’hui. Dieu ne nous abandonne pas. Mais il chante sa chanson d’amour pour nous.

Pour cette raison nous disons avec Martin Luther :

« Je crois que Dieu m’a créé ainsi que toutes les autres créatures. Il m’a donné et me conserve mon corps avec ses organes, mon âme avec ses facultés; il me donne tous les jours libéralement la nourriture, le vêtement, la demeure, la famille et toutes les choses nécessaires à l’entretien de cette vie; il me protège dans tous les dangers, me préserve et me délivre de tout mal; et cela, sans que j’en sois digne, par sa pure bonté et sa miséricorde paternelle. Je dois, pour ces bienfaits, le bénir et lui rendre grâces, le servir et lui obéir. C’est ce que je crois fermement. »

Dans notre image du vignoble cela veut dire: Comme une vigne, Dieu m’a donné tout ce que j’ai et tout ce dont j’ai besoin. Il m’a préparé minutieusement pour porter des fruits. Et c’est normal qu’il me le demande à moi.

Celui qui nous a donné la vie, il compte sur nous. Il a besoin de nous. Son royaume sera construit avec notre aide. Son estime pour nous est grande. Pourrions nous faire autrement que servir Dieu avec tout notre être ? Cherchons la justice et rendons la sans acception de personne. Commençons dans notre entourage, petit à petit, selon nos capacités. Le vigneron n’attend pas du Chardonnay du Jura qu’il donne un Merlot grand cru.

Amen.

Johannes Hartmann


r



Haut de page

Saint-Martin

Église Évangéliqe Luthérienne Paroisse de Montbéliard 18 rue Viette 25200 Montbéliard tel 03 81 91 03 69